Pour un ravissement de l'esprit

par

Jodie Devos © Opéra Royal de Wallonie

Le Nozze di Figaro
Qu'attend-on d'une nouvelle production du chef-d'oeuvre mozartien ? De la vivacité, du théâtre, de la poésie et beaucoup d'émotion. C'est exactement ce que l'Opéra Royal de Wallonie vient d'offrir en ce beau jour de printemps, pour le plus grand bonheur des spectateurs. La vivacité et le théâtre n'ont pas besoin d'actualisation ou de transposition : le livret de Lorenzo da Ponte d'après Beaumarchais est parfait, il n'y a rien à y changer. La mise en scène d'Emilio Sagi est très classique ? Oui, sans doute, mais elle respecte à la perfection les intentions de Mozart qui mélange les quiproquos de la comédie tout en critiquant (un peu) l'Ancien Régime. Décors sobres et attendus, peut-être, mais idoines. Chambres dans ce château du XVIIIe siècle qui permettent aussi bien les amours de Suzanne et Figaro que le saut de Chérubin par la fenêtre ou la cérémonie des noces à l'acte III. Et le jardin du dernier acte illumine joliment les dernières aventures du Comte et de la Comtesse (bravo !). Si l'aspect visuel de cette production était fort bien réussi, linéaire, et idéal pour qui aborde l'oeuvre (une constante heureuse -et voulue- de l'ORW), que dire de l'aspect musical ? On a rarement entendu plus beau plateau vocal. Tous les rôles -et ils sont nombreux- sont parfaitement distribués, même les petits. La jolie Barbarina de Julie Mossay, fille du truculent Antonio de Patrick Delcour, rivalisait avec le bégayant Don Curzio de Stefano De Rosa, et l'inénarrable couple Marcelline-Bartolo (Alexise Yerna et Julien Véronèse) sans oublier le fin ténor d'Enrico Casari en Basilio. Raffaella Milanesi a composé -et chanté- un Cherubino délicieux : on pensait à Frederica von Stade, qui a tant marqué le rôle. Le couple aristocrate s'est montré digne de sa condition. Comtesse subtile et douce de Judith Van Wanroij, aux admirables sons filés : miraculeux "Dove sono" et duo avec Suzanna à ravir ! Comte fier, hardi, Mario Cassi, bon acteur, ne suivant pas toujours le fil de l'histoire (finale acte II), sera émouvant à la fin, un genou en terre devant Madame. Mais les vedettes absolues ont été Suzanne et Figaro, tous les deux follement applaudis. On savait Jodie Devos à l'aise sur les planches : n'avait-elle pas été déjà une Rosine brillantissime ici-même ? Elle a pu donner le meilleur d'elle-même dans l'ébouriffant finale du deuxième acte qui exige un sens très aigu du théâtre. Elle s'est surpassée dans l'air dit des Marronniers Deh vieni, non tardar. Toute seule, tout devant sur la scène, simplement assise dans le jardin, elle a ému toute la salle par un chant si pur, si vrai : l'émotion était là, nue, offerte, un très grand moment, suivi d'un long silence puis d'un tonnerre d'applaudissements. Quant à son Figaro, il a été la révélation du spectacle.

Kosavic Devos
Leon Kosavic et Jodie Devos © Opéra Royal de Wallonie Liège

Leon Kosavic est un baryton croate, pensionnaire de la Chapelle Musicale Reine Elisabeth et élève de José Van Dam. Un timbre de rêve, rayonnant de jeunesse, un art subtil et évident du legato, voilà une découverte majeure à surveiller de près. Tous ces merveilleux chanteurs étaient accompagnés par un orchestre de l'ORW en grande forme, cravaché par Christophe Rousset. Après quelques décalages entre la fosse et le plateau, dans le premier acte surtout, le chef, qui dirigeait de son pianoforte, a suivi son plateau de près. Signalons par exemple un joli ballet à l'acte III, castagnettes comprises, et remarquons un finale magnifiquement amené, de l'arrivée du Comte au jardin jusqu'au pardon final de la Comtesse. A la reprise du thème par le choeur de tous les personnages à nouveau présents sur scène, la salle n'a pas pu s'empêcher de ressentir des frissons... Merci à tous les protagonistes de l'ORW pour cette ... folle journée !
Bruno Peeters
Liège, Opéra Royal de Wallonie, le 8 avril 2018

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