Précisément rigolo

par

© Marc Ginot

Après Aix-en-Provence et Orange, Montpellier a été une nouvelle étape dans mon rapide « (petit) Tour des Festivals », qui donnera peut-être quelques bonnes idées de soirées heureuses à nos lecteurs en pérégrinations estivales ensoleillées. J’y étais pour une « Périchole » d’Offenbach, qu’il me faut d’abord situer dans le contexte général de sa programmation.

Du 9 au 27 juillet, Montpellier est « le camp de base » d’un Festival Radio France Occitanie qui déploie l’éventail de ses 175 concerts en 60 lieux de la dite-région. Il y en a pour tous les goûts musicaux : « le festival a pour vocation de s’adresser à tous les publics ».
A côté de propositions de concerts plus traditionnelles, j’ai noté un projet hors du commun et alléchant, celui de l’interprétation des 555 sonates pour clavecin de Domenico Scarlatti, par 30 clavecinistes, lors de 35 concerts en 13 lieux. Pour les randonneurs mélomanes en quête d’une certaine sagesse, il y aura la célébration du 20e anniversaire de l’inscription des « Chemins de Saint-Jacques de Compostelle en France » au patrimoine mondial de l’UNESCO, par six concerts-étapes autour des chants qui ont accompagné les pèlerins de toute l’Europe, dans six lieux emblématiques d’Occitanie. Bienvenue aussi la présence à six reprises des Orchestre, Harmonie et Chœur de la Garde Républicaine, avec notamment la recréation de la fameuse symphonie humoristique de Georges Kastner (1810-1867) : « Les Cris de Paris », sous la baguette d’Hervé Niquet.
Mais revenons à ma découverte de l’autre soir : les savoureuses péripéties de « La Périchole » d’Offenbach. La Périchole vit en couple fauché avec Piquillo, dont tout le monde s’accorde à dire (et à chanter) qu’il est un parfait imbécile. La voilà qui séduit le vice-roi du Pérou, lors d’une des vadrouilles galantes « incognito » de celui-ci. Désireux de l’installer auprès de lui, le vice-monarque veut en faire une de ses dames de (très proche) compagnie. Il faut lui trouver pour cela un mari-paravent… ce sera - imbroglio - Piquillo. Mariage, retrouvailles, emprisonnement et tout est bien qui finit bien, évidemment.
Cette production en est à un stade intermédiaire de sa concrétisation : déjà présentée au Festival de Salzbourg, elle ouvrira, mais mise en scène cette fois, la nouvelle saison de l’Opéra de Bordeaux.
Ce qu’il nous a été donné de vivre joyeusement, ce n’est pas une version de concert (les solistes se lèvent et s’asseyent au rythme de leurs prestations avec parfois un petit geste ou quelque regard plus appuyé vers un partenaire), non, c’était une « mise en espace », que Romain Gilbert a savoureusement orchestrée.
Il y a des entrées et des sorties, des passages par la salle, quelques pièces de vêtements et accessoires, un certain engagement physique dans le jeu individuel et collectif. Tout cela est plus que suggestif et donne à voir et à vivre ce qui se chante, ce qui se joue.
De plus, contrairement à ce qui se produit parfois avec des mises en scène invasives, nous ne sommes pas distraits de l’essentiel, à savoir la musique et les chants. La partition et les airs d’Offenbach sont une mise en scène en eux-mêmes, dans leur expressivité contrastée, dans leur conjugaison d’un premier degré significatif et de tous les pastiches et parodies qu’il suscite.
Mark Minkowski, impliqué lui aussi, pris à partie dans le jeu, et ses Musiciens du Louvre ne boudent pas leur plaisir. Ils nous emportent dans les péripéties de ces notes-là ! Tous les solistes (parmi lesquels Aude Extrémo, Philippe Talbot ou Alexandre Duhamel) font preuve d’un entrain vocal et scénique bienvenu. Tout cela est rigolo en toute précision !
Stéphane Gilbart
Festival de Radio France Occitanie - Opéra Berlioz de Montpellier – le 11 juillet 2018

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