Production mitigée : musique exaltante mais visuel décevant

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© Opéra Royal de Wallonie - Liège

La Donna del lago de Rossini
Tout récemment, et par son imaginaire merveilleux, Damiano Michieletto nous avait enchantés, tant à Bruxelles (L'Elisir d'amore) qu'à Liège (La Scala di seta).
Que s'est-il passé pour ce Rossini magnifique, plongeant pour la première fois dans le romantisme médiéval ?Pas trop compréhensibles sur scène, les idées du metteur en scène s'illustrent parmi les notes incluses dans le programme de salle. Elena et Malcolm, couple âgé, se remémorent le bon vieux temps, le temps de leurs amours controversées, le temps où Elena rencontra le roi. Tout cela est très bien, mais déjà vu mille fois. Un décor misérabiliste (carreaux cassés, vieux lit de fer, escalier branlant, murs tachés) exclut toute fantaisie, toute poésie aussi, dont le riche livret déborde pourtant. Les brumes préromantiques et si sensibles qui enrichissent la fiction de Walter Scott et qui créent l'originalité de cet opéra de 1819 n'apparaissent pas. Dommage pour cette oeuvre que, finalement, peu connaissent bien et qui méritait plus et  mieux aux points de vue visuel et dramatique. Il est rare qu'à l'ORW la mise en scène déçoive. Elle est presque toujours traditionnelle, certes, mais souvent inventive. Michieletto nous doit une revanche. Par bonheur, le mélomane est comblé grâce à une distribution remarquable et à une direction exemplaire. A tout seigneur tout honneur, le ténor russe Maxim Mironov campe un magnifique roi Giacomo V (sous le pseudonyme d'Uberto), charmeur comme il se doit, d'une belle musicalité et au legato soigné (air d'entrée du 2ème acte "Oh fiamma soave"), sans oublier les beaux duos avec Elena. Celle-ci, incarnée par une élève d'Alberto Zedda, la géorgienne Salomé Jicia, a séduit par la beauté de son timbre au service d'une partition redoutable exigeant puissance et virtuosité folle qui culmine par le fameux rondo final "Tanti affetti in tal momento". La plus forte impression provenait cependant de Marianna Pizzolato, rossinienne accomplie, Malcolm amoureux, fougueux, idéal. Grand succès - mérité - au salut au rideau. Rodrigo efficace, mais un peu léger de Sergey Romanovsky et Douglas imposant de Simon Orfila. Mentionnons aussi Julie Bailly, dont on remarqua fort l'apparition dans le petit rôle d'Albina. Les choeurs de Pierre Iodice ont fort à faire dans cet opéra et le firent très bien. Diplômé de Pesaro, le chef Michele Mariotti (qui a même enregistré l'oeuvre au Metropolitan) dirigeait ses musiciens en état de grâce et a pu souligner la richesse orchestrale de cette partition. Le romantisme du sujet ne s'est peut-être pas manifesté visuellement mais était bel et bien présent dans la fosse. A cet égard, un des moments les plus forts de la soirée fut la scène du duel à l'acte II, avec la mort de Rodrigo d'une tension dramatique presque insoutenable. Une production mitigée donc, au visuel décevant mais musicalement exaltante.
Bruno Peeters
Liège, Opéra Royal de Wallonie, le 5 mai 2018

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