Quand musique et peinture se tendent la main

par
Scarlatti

Alessandro SCARLATTI
(1660 - 1725)
Répons de la Semaine Sainte
La Stagione Armonica, dir.: Sergio BALESTRACCI
2017-DDD-70'20-Textes de présentation en anglais, français, allemand et italien-Deutsche Harmonia Mundi 90758 02412

L'attribution de ces Répons de la Semaine Sainte à Alessandro Scarlatti est sujette à caution. En effet, la seule copie qui en existe, non originale, figure dans un manuscrit de l'Académie Philharmonique de Bologne et le nom de Scarlatti n'y apparaît nulle part. En outre, les partitions sont en partie incomplètes. Ce qui laisse supposer que le compositeur palermitain est bien l'auteur de ces pages sévères est la mention, par le maître de chapelle de la cathédrale de Florence en 1719, d'un écrit où Scarlatti s'adresse au Grand Duc de Toscane en parlant de « motets sacrés selon le style rigoureux de Palestrina ». La description qu'il fait ensuite de son oeuvre semble correspondre à ce que nous entendons. Malgré tout, les spécialistes ont jugé que les similitudes stylistiques avec quelques-uns des grands chef-d'oeuvre du maître, tels que le Stabat Mater et la Missa Clementina, sont suffisamment probantes. Chaque pièce est accompagnée, ou plutôt soutenue, par un orgue très discret; on est très loin de l'exubérance ainsi que de la complexité contrapuntique auxquelles Scarlatti nous a habitués. Ces pages se distinguent en effet par leur caractère austère, leurs tonalités uniformes, leur absence totale de théâtralité, leur grande sévérité expressive, ce qui sied bien entendu à des pièces destinées à s'intégrer à l'Office des Ténèbres. Que l'on ne croie pas pour autant qu'il s'agisse de partitions de second ordre. Bien au contraire, qu'elles soient de Scarlatti ou non, leur qualité d'écriture, l'impact émotionnel créé avec si peu de moyens apparents ne peuvent provenir que d'une très grande plume. On remarquera que le choix de l'illustration choisie pour orner le visuel du disque est très pertinent: ce visage de la vierge peinte par Pietro Lorenzetti, partie d'une descente de croix absolument bouleversante reproduite à l'intérieur du boîtier, traduit l'intense émotion ressentie à l'écoute de ces compositions, écrites près de quatre cents ans plus tard. L'expressivité de ce visage est poignante et s'impose avec force par la déchirante humanité qui s'en dégage. C'est exactement le même sentiment qui prévaut à l'audition de cette musique dont le style en apparence « convenu » est trompeur et révèle vite son génie propre. En résumé, un disque très intéressant et même indispensable à celui qui voudrait embrasser un panorama aussi complet que possible de l'un des génies absolus du tournant du 18ème siècle. L'interprétation est d'un très grand raffinement, probe mais toute en délicatesse et subtilité, sans mièvrerie mais, au contraire, avec une ferveur profonde autant que humble. Les quatre pièces pour orgue s'intègrent avec naturel à l'ensemble.
Bernard Postiau

Son 10 - Livret 10 - Répertoire 10 - Interprétation 10

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