Quatrième soirée de demi-finales : l’Art de la communication

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Salle comble pour écouter deux très belles versions du 2ème concerto de Haydn par Astrig Siranossian et Yuya Okamoto ainsi que les récitals de Sihao He et Valentino Worlitzsch. Qui n’a pas apprécié la maîtrise et la générosité de Yuya Okamoto ?La soirée de jeudi a débuté avec deux excellents candidats qui nous ont tous deux présenté leur version du Concerto No. 2 en Ré Majeur de Haydn, accompagnés par l’Orchestre de chambre de Wallonie (ORCW), sous la direction de Frank Braley.

Astrig Siranossian

La première à entrer sur la scène de Flagey était la lumineuse Astrig Siranossian, française d’origine arménienne. Elle nous a livré une interprétation romantique du concerto : vibrato large et quasi-ininterrompu, son puissant et chaleureux. Elle a pimenté l’œuvre de quelques mini-cadences et fioritures à la Paganini, pouvant paraître ostentatoires à certains. Mais n’est-ce pas tout de même un concours ?

Yuya Okamoto

Le candidat japonais Yuya Okamoto qui lui succédait a clairement impressionné le public non seulement par sa technique remarquable mais aussi par son aisance scénique. Il communiquait tout aussi bien avec l’orchestre qu’avec le public, qui l’a vivement applaudi ! Il a également démontré une belle compréhension de l’œuvre en faisant varier imaginativement les sonorités de chaque phrase avec bon goût. Ici une phrase sous-lignée par une absence totale de vibrato, là une impressionnante cadence accompagnée par une pédale harmonique jouée par un des violoncellistes de l’ORCW.

Sihao He

Après l’interruption, Sihao He, nous a brillamment interprété la 5e Suite de Bach dont la Sarabande, captivante de légèreté et de simplicité a charmé l’auditoire. Après l’imposé, le candidat chinois s’est lâché dans le Kol Nidrei de Max Bruch, montrant ses couleurs romantiques. Finalement, dans le Stravinsky néo-classique de la Suite Italienne, il se libère totalement dans un répertoire plus virtuose. On ne peut que regretter son enfermement physique dans l’intimité de son violoncelle, laissant peu de place à la communication avec le public.

Valentino Worlizsch

Le dernier candidat de la soirée, l’Allemand Valentino Worlitzsch débute son récital en attaquant à la ô combien difficile 6e Suite de Bach (rappelons qu’elle était initialement écrite pour un violoncelle à 5 cordes). Malgré quelques accidents, il nous livre là une très belle version de celle-ci. Après un imposé habile, il apparaît très à l’aise dans le romantisme débridé de l'op. 70, Adagio et Allegro, de Schumann, mettant en valeur son rubato. Il clôt la soirée avec la Sonate de Benjamin Britten, œuvre rarement entendue en concert, encore moins habituelle en compétition.
Saluons tous les violoncellistes du concours pour leurs choix de programmes, rendant systématiquement nos soirées radicalement différentes. Pour un amateur de la musique du 20e siècle, ce concours est une aubaine ! Quelle chance d’entendre Dutilleux, Strauss, Kodaly, Poulenc, Britten, Stravinsky, Schnittke par des musiciens aussi talentueux… Peut-être que les programmateurs de concerts s’en inspireront !
Pierre Fontenelle, Reporter de l’IMEP
Flagey, le 18 mai 2017

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