Queyras et Tharaud à Bozar : un moment de grâce

par
Queyras Tharaud

Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Sonate pour violoncelle et piano n°2, BWV 1028
Dmitri Chostakovitch (1906-1975) : Sonate pour violoncelle et piano, Op. 40
Alban Berg (1885-1935) : Vier Stücke, Op. 5
Johannes Brahms (1833-1897) :
Sonate pour violoncelle et piano n°1, Op. 38
Jean-Guihen Queyras, violoncelle – Alexandre Tharaud, piano

Un moment de grâce. Voilà en quatre mots ce qu’il s’agit de caractériser la soirée du 3 février en la salle Henry-le-Bœuf à Bozar. Une fois n’est pas coutume, Jean-Guihen Queyras et Alexandre Tharaud ont offert au public une vraie histoire poétique, un voyage au sein des couleurs, des atmosphères… Dialoguant l’un l’autre avec une aisance hors normes (il suffit de voir la manière dont ils respirent ensemble et dirigent le discours), Queyras et Tharaud font partie de ces artistes dont l’expression, au service du matériau musical, transpire dans le moindre geste. En débutant avec la Sonate pour violoncelle et piano n°2 de Bach, le ton est donné : stylé épuré et précision du toucher tant chez l’un que chez l’autre. A les voir, tout semble facile, presque même dans l’idée d’une improvisation. Le son qui sort des deux instruments semble à chaque instant émaner d’une pensée commune tant il paraît naturel et beau. Dans Chostakovitch (après la perte d’une sourdine pour le violoncelle), tout est différent. Un ton volontiers plus affirmé, tantôt ironique tantôt martial, une couleur d’ensemble toujours aussi homogène, une précision de jeu quasi chirurgicale mais néanmoins avec un caractère spontané qui ne vient déranger aucune vision. L’approche se veut la plus proche du texte, à savoir vive d’esprit et naturellement plus joueuse. Après la pause, place à un chef-d’œuvre miniature : les Quatre pièces op. 5 de Berg. En seulement quelques minutes, les deux artistes parviennent à créer une atmosphère d’une rare attention (silence total dans la salle) et une exécution d’une rare justesse. Le travail effectué dans les précédentes partitions retrouve ici la même envergure et donne véritablement une page chargée de couleurs et de dynamiques. Enfin, la Sonate n°1 de Brahms (à la place de la seconde, prévue initialement). Que dire si ce n’est que ce fut un véritable moment de grâce ? Chacun sera d’accord pour dire que la ligne est soignée aux petits oignons, que la richesse du matériau harmonique est largement soutenue par les deux artistes, que la structure ne donne jamais à s’ennuyer et qu’enfin, le timbre soyeux du violoncelle répond parfaitement à la subtilité du piano. De toute évidence, ce fut ici un grand moment. Un échange d’une extrême richesse, un dialogue nourri vraisemblablement d’un beau travail d’ensemble, des couleurs magnifiques, des sons et des timbres en adéquation avec les différentes partitions. Bref, un moment dont on se souviendra longtemps. Deux Danses hongroises viennent conclure la soirée et ce, avec le même panache et la même précision.
Ayrton Desimpelaere
Bruxelles, Bozar, le 3 février 2018

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