Rafal Blechacz, éternel espoir ?

par
Blechacz

Johann Sebastian BACH
(1685-1750)
Concerto italien BWV 971 - Partitas n° 1 BWV 825 et 3 BWV 827 - 4 Duetti BWV 802-805 - Fantaisie et fugue BWV 944 - Jésus que ma joie demeure BWV 147 (arrangement Myra Hess)
2017 - DDD - 65'52'' - Textes de présentation en anglais, allemand, français et polonais DG 479 5534

Soyons de bon compte: Rafal Blechacz possède bien des qualités: une technique aisée, une sonorité plaisante, du bon goût en abondance, le respect du texte ainsi qu’une modestie de bon aloi et une indéniable et touchante sincérité. Se pose alors la question qui hante ce récital, écouté et réécouté à de nombreuses reprises : que fait-on de toutes ces belles qualités ?
Avant de commenter le présent enregistrement, il vaut la peine de s’attarder sur certains partis pris du pianiste polonais qui explique, dans la brochure qui accompagne le cd, sa préférence pour un instrument au timbre très clair, et son envie de se rapprocher du son d’un clavecin. Cela commence par donner un Concerto italien au premier mouvement rapide, à l’articulation nette et aux ornements précis, avec une main gauche bien détachée et claire. Le divin Andante central, pudique mais un peu scolaire, nous montre un interprète bien élevé, appliqué et sincère. Blechacz rend très bien le caractère virevoltant et italien du Presto final, auquel ne manque que la gourmandise.
Dans le Prélude de la Première Partita, le pianiste fait montre d’un beau sens du dialogue musical, alors que son égalité de toucher et sa maîtrise des nuances impressionnent dans l’Allemande. Dans la Courante, jouée dans un tempo à la limite de la précipitation, on admire davantage que l’on n’aime. Blechacz déclame de son mieux la Sarabande, mais manque d’éloquence pour convaincre. Les Menuets sont équilibrés et sans mièvrerie, mais laissent une fois de plus ce goût de trop peu. Dans la Gigue finale, prise très rapidement, la technique impressionne mais le côté mécanique et les staccatos très secs de la main gauche fatiguent.
Le pianiste rend en revanche très bien, avec beaucoup de sérieux et d’intelligence, le caractère tour à tour sévère, gracieux, et dynamique des quatre Duetti.
Dans la Fantaisie et Fugue, Blechacz réussit à faire puissamment sonner la brève Fantaisie en tirant des sonorités d’orgue de son piano, mais tricote ensuite la Fugue dans un tempo ultra-rapide qui empêche la musique de respirer et débouche sur une avalanche de notes qui lasse rapidement l’auditeur.
Après avoir ouvert la Troisième Partita par une Fantasia claire et équilibrée, le pianiste polonais offre -enfin!- dans l’Allemande le lyrisme si parcimonieusement distillé jusqu’ici. La musique coule de source et l’interprète la présente avec beaucoup de sensibilité et de finesse. La Courante suit, sérieuse et appliquée, mais pauvre en fantaisie. Après une Sarabande digne et pudique, mais pas exempte de quelques duretés, Blechacz aborde la Burlesca d’une façon raide et mécanique. Le Scherzo est allant et précis, et la Gigue très bien menée.
Le disque se termine par la célébrissime transcription par Myra Hess du choral Jésus que ma joie demeure, où Blechacz se montre pudique et un rien sec, là où on attendrait un toucher plus velouté. Manquent ici le supplément d’âme d’un Dinu Lipatti ou la douce rigueur de Myra Hess.
Patrice Lieberman

Son 10 - Livret 8 - Répertoire 10 - Interprétation 7

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