Redécouverte d'un bel opéra du compositeur de Paillasse

par
Zaza

Ruggiero LEONCAVALLO
(1857 - 1919)
Zaza
E. Jaho (Zazà), R. Massi (Milio Dufresne), S. Gärtner (Cascart), P. Bardon (Anaide), N. Spence (Courtois), D. Stout (Bussy), J. Ferri (Toto Dufresne), Solistes, BBC Singers, BBC Symphony Orchestra, dir.: Maurizio BENINI
2016-2 CD 72' 02'' et 63' 59''-Texte de présentation en anglais-Argument en anglais, allemand, français et italien-Livret en italien et en anglais- Chanté en italien-Opera Rara ORC55

Créé, comme Tosca, en 1900, Zazà est, avec La Bohème, le seul opéra de Leoncavallo que l'on monte de temps en temps, en dehors de son immortel I Pagliacci. Et on le comprend. La musique en est fort inspirée, et l'intrigue est bâtie sur un livret efficace, dû au compositeur lui-même : Zazà, comédienne, tombe amoureuse d'un homme d'affaires, Milio Dufresne. Apprenant que celui-ci est marié et père de famille, elle renonce à son amour. Sur cette trame toute simple, pour une fois sans crimes ni morts, Leoncavallo a composé une partition remarquable, comprenant de nombreux passages dignes d'attention, rythmés par les trois duos entre Zazà et Milio, à l'acte I, plein de charme et de vivacité, à l'acte II, passionné et dramatique, puis à la fin, lors du déchirement final : So che nel mio destino, poignant. Le passage le plus émouvant se situe à l'acte III, lorsque Zazà rencontre Toto, la petite fille de Milio (rôle parlé), et se rend compte du bonheur familial de son amant. Le vérisme peut se révéler tout simple, touchant, sans nécessairement faire appel à des émotions violentes et primaires. Il existe deux enregistrements CD  de cet opéra, l'un avec Clara Petrella dans le rôle (Nuova Era 1969), l'autre avec Lisa Houben (Bongiovanni 2001). Comme toujours chez Opera Rara, la distribution est soignée. Ermonela Jaho, que nous avons tant admirée dans La Vestale, à Paris comme à Bruxelles, incarne une Zazà parfaite dans l'espièglerie comme dans la tendresse ou la passion, parvenant, dès son air d'entrée Lo sai tu che vuol dire, à saisir toutes les facettes d'un personnage plus complexe qu'il n'y paraît. La passion qui habite la jeune soprano albanaise se trouvera magnifiée à la fin de l'acte III, durant sa confrontation avec Toto : Vi sono bimbi... Questa per un fianciullo, moment de grande émotion. Le Milio de Riccardo Massi se déchaîne dans les duos, mais allie jolie sonorité et puissance dans le beau duetto de l'acte II, si bien composé, ou dans l'air du III Mai piu, Zazà, durant lequel on entend comme un écho de l'air "Depuis le jour" de la Louise de Charpentier (créée aussi en 1900...). Les rôles secondaires, nombreux comme souvent dans l'opéra vériste, sont impeccablement tenus, à commencer par la Floriana de Fflur Wyn. Le chanteur Cascart, collègue de Zazà, de Stephan Gaertner, s'impose par sa sonorité et son beau legato de puissant baryton lyrique. Le petit monde théâtral entourant l'héroïne est bien typé, du Bussy de Savid Stout au Courtois de Nicky Spence, sans oublier le pittoresque portrait d'Anaide, la mère alcoolique de Zazà, chantée par une accorte Patricia Bardon. Citons enfin Julia Ferri en Toto Dufresne, dont la petite voix parlée fera chavirer Zazà et l'auditeur, par sa simplicité enfantine. Le BBC Symphony Orchestra souligne, une fois encore, la richesse de l'orchestration des compositeurs véristes : écoutez les cordes soyeuses du prélude II ou le prélude pastoral du III, par exemple, avec ses voix lointaines, le final du même acte, point culminant de l'opéra, où, plus encore qu'accompagner les voix, il participe pleinement au drame de la situation révélée à Zazà. Maurizio Benini s'élève ici bien au-dessus de son confrère Alfredo Silipigni, dont l'enregistrement, malgré la qualité du chant de Clara Petrella, ne tient plus la route en 2016. Voici une interprétation tout à fait réussie.
Bruno Peeters

Son 10 - Livret 9 - Répertoire 8 - Interprétation 10

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