Rencontre au sommet à la cour de Dresde

par
Dresden

DRESDEN
Oeuvres de Johann Friedrich Fasch, Johann Joachim Quantz, Johann David Heinichen, Antonio Vivaldi, Georg Philipp Telemann, Arcangelo Califano et Antonio Lotti,
Ensemble ZEFIRO, dir.: Alfredo BERNARDINI
2018-DDD-77'58-Textes de présentation en anglais, français, allemand et italien-Arcana A438

Cette somptueuse anthologie met en valeur l'art musical à Dresde à l'époque de sa plus grande splendeur c'est-à-dire sous le règne d'Auguste II « le Fort », à la fois roi de Saxe et de Pologne ainsi que grand-duc de Lithuanie, des années 1690 jusqu'en 1733. Amateur des arts, il présida à la dissolution de l'ancienne Hofkapelle pour créer un ensemble de prestige composé de musiciens sélectionnés parmi les plus talentueux de l'époque, la Kurfürstlich Sächsische Kapell, destiné à porter au travers des siècles une tradition unique d'excellence qui se prolonge encore de nos jours: la Staatskapelle de Dresde figure toujours au nombre des orchestres les plus remarquables de la planète et reste synonyme de magnificence. L'existence d'une telle phalange fut une source d'inspiration irrésistible pour tous les artistes qui purent séjourner dans la Venise de l'Elbe. Et la liste de ceux qui se sont succédé au pupitre de celle-ci donne en effet le vertige, une liste dont ce disque donne un aperçu. Ce qui frappe avant tout est le plaisir palpable de chacun d'eux d'écrire des partitions tout à la fois virtuoses et délicates dont seuls des interprètes hors pair peuvent saisir et la qualité et les nuances. Ce sont des pages pour deux hautbois et basson comme instruments principaux qui sont mis à l'honneur ici, une combinaison qui favorise des conversations musicales au charme ineffable. Elèves de la Thomasschule de Leipzig, Johann Friedrich Fasch et Johann David Heinichen firent tous deux des carrières hors du commun et offrirent des oeuvres au raffinement extrême. En témoignent celles choisies ici, où le lyrisme le dispute aux charmes du cantabile. Johann Joachim Quantz est davantage connu pour ses compositions pour flûte. C'est pourtant en qualité d'hautboïste qu'il fut invité à rejoindre l'orchestre de la cour en 1718. D'Arcangelo Califano on ne sait que fort peu de choses, sinon qu'il apparaît comme violoncelliste dans le célèbre ensemble. Sa Sonate a quattro ne dépare en tout cas en rien cette anthologie, mesurée à l'aune des autres petites merveilles présentées ici. S'il vécut la presque totalité de sa vie à Venise, Antonio Lotti quitta une seule fois la lagune lorsque le prince-électeur et roi souhaita qu'il écrive des opéras pour sa cour. On ne présente plus Vivaldi et Telemann. Du premier, la Sonate RV 801 se signale par... son attribution douteuse. Outre que le manuscrit de la partie de basse continue laisse à penser qu'elle serait plutôt de la plume de Haendel, il est malaisé de reconnaître le style du prêtre roux, ce qui n'enlève rien à la valeur de ces quatre mouvements délicatement ciselés. Seul le dernier d'entre eux nous rappelle sans ambages le compositeur de Il Gardellino et de la Tempesta di mare. Enfin, Telemann est représenté par une partition qui ne nous est parvenue que par une copie de la main d'un autre grand maître: Johann Georg Pisendel. Le basson y est cette fois absent, ce qui privilégie le soin infini apporté aux enchevêtrements des mélodies des deux hautbois évoluant en parfaite harmonie. L'ensemble Zefiro est égal à lui-même: les sonorités sont séductrices, le ton vif et léger, l'expressivité parfaite, sans outrance mais toujours piquante. Une nouvelle réussite.
Bernard Postiau

Son 10 - Livret 10 - Répertoire 10 - Interprétation 10

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