Rencontres de chants polyphoniques

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Sous l’impulsion de Jean-Claude Acquaviva, chef de file du groupe corse A Filetta, le festival des rencontres de chants polyphoniques présentait sa 24e édition du 11au15 septembre. Une ambiance d’après saison suivie par des publics fidèles et variés au cœur de la citadelle de Calvi. Cette édition se déroulait à un rythme soutenu -deux concerts par jour- et prit fin de manière un peu carnavalesque : le jour de clôture offrit de nombreux concerts de tous les artistes invités, de 15h30 … au petit matin. Centré sur la quête spirituelle, le Festival avait invité des groupes polyphoniques féminins et masculins venus illustrer des particularités géographiques et culturelles, d’un point de vue populaire ou savant, profane ou religieux. La marque identitaire du festival réside dans le fait qu’il propose une série de rencontres mises en forme par Philippe-Jean Catinchi. Ainsi se succédent des concerts axés sur la quête mystique ou spirituelle, traversant les continents (Tunisie, Liban, Egypte, Tchéquie, Argentine, Italie, Bulgarie… et répertoire corse bien sûr), les styles, les genres, les techniques vocales ou instrumentales. Cette diversité fait sa force: traverser différentes cultures et stimuler une écoute et une approche toujours nouvelles et uniques. Ainsi écoute-t-on, dans une même journée, du chant soufi de Haute-Egypte (oud et chant) et le Stabat Mater de Dvorak sous la direction hautement maîtrisée de Bernard Tétu (chœur et solistes de Lyon). Confronter des musiques si éloignées, souvent écrites dans des cadres ou canons fort différents, singularise grandement les degrés de réceptions auditive et émotionnelle. Le seul point faible fut le concert Beatiho, chants d’amour mystique d’après les œuvres de Saint-Jean de la Croix et de Thérèse d’Avila, un égarement musical frisant l’impudeur scénique et la bêtise artistique. Mais l’esprit du festival incite à la prise de risques, aux projets audacieux. On pense ainsi au groupe A Filetta et à l’ensemble Conductus, conjonction du patrimoine corse et d’un ensemble d’archets sous la baguette de Marcello Fera, musicien talentueux et aventurier. Le festival encourage la démarche créative, même si chaque formation s’appuie ou s’inspire d’une source écrite ou orale. TriOrient défend le répertoire libanais et moyen-oriental. Las Hermanas Caronni -duo de jumelles argentines- propose de nouvelles lectures autour du tango. Et le magnifique quatuor féminin bulgare Eva Quartet chante avec grande maîtrise et profond recueillement les chants sacrés orthodoxes. De cette 24e édition, nous retiendrons une belle et riche aventure musicale aux accents culturels variés et aux couleurs et vibrations vocales très diverses. Marie-Sophie Mosnier Calvi, les 13, 14 et 15 septembre 2012        

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