Rienzi à Toulouse

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Pour ouvrir sa saison, le Théâtre du Capitole a choisi Rienzi, grand opéra tragique en cinq actes de Richard Wagner. Le compositeur dont les maisons d’opéra célébreront abondamment le 200e anniversaire en 2013 -surtout avec des représentations du Ring des Nibelungen- décrivait Rienzi comme «cet opéra où l’on trouve le feu, l’éclat que cherche la jeunesse». Plus tard il s’est pourtant distancié de cette œuvre qui n'a d’ailleurs jamais eu le privilège d’être représentée sur la scène du Festspielhaus de Bayreuth. Avec Rienzi dont il a lui-même écrit le livret, Wagner voulait conquérir Paris et présenter une œuvre dans le style «grand opéra» à la Meyerbeer. Rienzi est donc une fresque historique en cinq actes avec de nombreux effets dramatiques, cortèges, batailles, ballets et un «embrasement» final, une œuvre impressionnante qui, malheureusement, n’est que rarement représentée aujourd’hui et presque toujours dans une version amputée, pleine de coupures. C’est aussi le cas au Capitole qu’on remercie pourtant d’avoir mis l'oeuvre à l’affiche et de donner l’occasion de redécouvrir les richesses du troisième opéra de Wagner. La mise en scène était confiée à Jorge Lavelli qui n'accorde aucun intérêt au caractère «grand opéra», au contraire. Il nous présente un drame sombre, dans le huis clos du décor de Ricardo Sanchez Cuerda: plaques métalliques, murs et portes se déplacent et s’adaptent aux différents lieux de l’action et ne s’ouvrent que pour les scènes de masses ou de combat, et quelques images pieuses. Patriciens et plébéiens de la Rome du 14e siècle -distingués par leurs vêtements d’époques diverses- sont traités en groupes compacts surlignés parfois par une gestique à l'unisson. Pas très convaincant voire ridicule et cela prive d’élan l’action dramatique qui manque parfois de lisibilité. Le drame est sombre, d’accord, et les personnages souvent en délicatesse avec l’honnêteté mais fallait-il vraiment les affubler de costumes (Francesco Zito) et de coupes de cheveux aussi laids? La direction d’acteurs de Lavelli est plus souple et respecte la personnalité et le tempérament des protagonistes. Musicalement, par contre, on est comblé. Sous la direction énergique et inspirée de Pinchas Steinberg, l’Orchestre du Capitole a déployé tous ses atouts, faisant résonner dans toute sa splendeur cette partition wagnérienne avant la lettre. Dès l’ouverture, cordes, vents et cuivres nous entraînent dans un irrépressible envoûtement sonore. Des superlatifs aussi pour la prestation vocale des Chœurs du Capitole renforcés par le Chœur de l’Accademia Tetro alla Scala de Milan sous la direction d' Alfonso Caiani. La distribution est dominée sns peine par Torsten Kerl qui campe un Rienzi impressionnant de présence et d’endurance vocale. Il confère à son personnage autorité, humanité et intériorité (prière du 5e acte) et son ténor puissant et clair, d’un beau métal, est conduit d’une façon exemplaire (intonation, nuances). La prestation de Daniela Sindram dans le rôle travesti d’Adriano est remarquable aussi : grand engagement dramatique, crédibilité absolue et voix de mezzo ample, riche et souple pour exprimer toutes les émotions et les angoisses du jeune homme déchiré entre son devoir envers son père et son amour pour Irene, la sœur de Rienzi. Marika Schönberg l’incarne avec allure et intensité mais aussi avec des problèmes vocaux et des aigus criés. Robert Bork fait un Cardinal Orvieto résonant mais le Steffano Colonna de Richard Wiegold est trop engorgé. Jennifer O’Loughlin donne beauté vocale et grande sérénité à la Messagère de la Paix et les rôles de Paolo Orsini, Baroncelli et Cecco del Vecchio sont bien distribués à Stefan Heidemann, Marc Heller et Leonardo Neiva. Une très belle ouverture de la saison! Erna Metdepenninghen Toulouse, Théâtre du Capitole, le 7 octobre 2012

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