Saint-Saëns revisité

par
Saint-Saens
Les mini-festivals monographiques consacrés chaque saison par l’ONB et son chef Andrey Boreyko à un compositeur différent sont maintenant entrés dans les (bonnes) habitudes de Bozar, et l’idée de consacrer celui de la présente saison à Saint-Saëns ne peut être qualifiée que d’excellente. Car voici un compositeur adulé en son temps et dont l’impavide classicisme, le chic fou et l’élégance bien française jalonnèrent une carrière qui s’étendit de Berlioz à Ravel. L’histoire de la musique retiendra peut-être à son propos le jugement du grand analyste musical anglais Tovey qui écrivit un jour que « de tous les compositeurs qui n’étaient pas des génies, Saint-Saëns est le plus grand ». Pour le troisième et dernier concert de ce mini-festival, l’Orchestre National avait mis à l’affiche pas moins de trois morceaux concertants, une symphonie et une poème symphonique. C’est par le très beau Phaéton qu’orchestre et chef ouvrirent le concert, et permirent au public qu’on eût souhaité plus nombreux pour ce programme d’oeuvres rares au concert, mais d’un abord vraiment aisé, d’apprécier à la fois l’ingéniosité du compositeur et sa maîtrise de l’orchestration, mais aussi l’excellente forme de l’ONB qui débuta le concert de belle façon, avec des cuivres fermes et sûrs, des bois agiles et des cordes d’une chatoyante sonorité. Pour le 5e concerto pour piano, l’ONB put compter sur le concours du remarquable Boris Giltburg. Le musicien israélien qui avait fait si forte impression lors du Concours Reine Elisabeth de 2013 dont il fut le brillant premier lauréat et qui poursuit depuis une belle carrière internationale, survola de sa classe cette oeuvre brillante et semée d’embûches pour le soliste. Le surnom d’ «Egyptien » donné à l’oeuvre vaut surtout pour le mouvement lent reprenant une sinueuse mélodie dont on dit que le compositeur, l’ayant entendue au Caire, l’avait -faute de disposer de papier à musique- notée sur une de ses manchettes. Mais l’exotisme de ce bel Andante va encore plus loin, et pousse l’orientalisme jusqu’à nous amener à cet Extrême-Orient qui fascinait tant à l’époque, l’Exposition universelle de 1889 à Paris ayant permis d’entendre pour la première fois en France un orchestre de gamelan qui avait impressionné tant Saint-Saëns que Debussy. Quant au brillant Finale, Giltburg l’interpréta avec une passion et une chaleur qui tirèrent avec beaucoup de bonheur l’oeuvre du côté de Rachmaninov. Le concert permit également à deux solistes issus des rangs de l’orchestre de se mettre en valeur. D’abord, le violoncelliste Olsi Leka, même s’il n’eut droit qu’à quelques minutes à peine pour se mettre en valeur dans la brève Romance, op. 36, charmante vignette qu’il interpréta avec beaucoup d’élégance. Lui succéda le corniste Ivo Hadermann qui surmonta avec beaucoup d’assurance les difficultés du Morceau de concert, op. 94. Boreyko et l’ONB terminèrent le concert avec une belle interprétation de la 2e symphonie, op. 55 -oeuvre de coupe classique écrite pour une formation de type haydnien- qui, si elle permit à la formation bruxelloise de démontrer une fois de plus sa bonne forme actuelle (avec de très réussies interventions du cor anglais et de flûtes dans l’Adagio, ainsi qu’une belle virtuosité collective dans le Prestissimo final), est cependant assez anodine. Pour des symphonies françaises vraiment intéressantes de cette époque, il vaudrait la peine d’aller voir du côté de Gounod. Patrice Lieberman Bruxelles, Palais des Beaux-Arts, le 16 octobre 2016

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