Saint-Saëns sur la scène internationale

par
Saint Saëns

Camille Saint-Saëns, le compositeur globe-trotter par Stéphane Leteuré Après la production de son premier opéra, Le Timbre d'argent, à la salle Favart, encadré par un colloque substantiel, événements critiqués ici-même, puis la parution de deux importants CD de mélodies, et le début d'une intégrale des concertos pour piano, Saint-Saëns semble avoir le vent en poupe ces derniers temps ! Il manquait un livre : à défaut du gros Fayard d'Yves Gérard, attendu depuis longtemps, voici un excellent ouvrage de Stéphane Leteuré consacré aux voyages du compositeur. Saint-Saëns a parcouru le globe sans arrêt - 19 séjours rien qu'en Algérie. Cette bougeotte est peut-être due aux drames survenus en 1878, la mort successive de ses deux enfants en bas-âge, et la séparation avec son épouse. Le livre recense, par des tableaux éclairants, les différents voyages, ainsi que les oeuvres composées à l'étranger. En 2014, Stéphane Leteuré avait publié Camille Saint-Saëns et la politique (Editions Vrin). Il est dès lors normal que ce livre-ci s'ouvre sur un chapitre consacré au sens politique des voyages du musicien. Il s'interroge sur les liens de Saint-Saëns avec les plus hautes autorités égyptiennes, sur les contacts officiels en Argentine ou en Uruguay (il composa un hymne à un parti politique de ce pays), et sur son dernier voyage, en 1920, à travers une Grèce qui l'honorera particulièrement. Dans le monde anglo-saxon, il parcourt aussi bien l'Angleterre que les Etats-Unis, afin de représenter la culture et la musique française. Jamais il n'eut de rôle "diplomatique", mais il rendait service à sa patrie à sa manière, officieuse et appréciée en haut lieu. Dans une seconde partie, Leteuré s'attache à un des éléments très présents dans la musique du compositeur : l'orientalisme, de la Suite algérienne jusqu'aux tableaux symphoniques La Foi en passant par Africa, ou le Concerto égyptien. Si Saint-Saëns déplore les excès de l'européanisation de pays lointains comme le Japon, il compose toutefois une marche pour l'inauguration du canal de Suez, célébrant la rencontre entre l'Orient et l'Occident. Un chapitre est entièrement consacré à sa chère Algérie, où il mourut. D'après Leteuré, le rapport de Saint-Saëns avec l'Algérie n'était que décoratif : faune, flore, paysages, climat, le passionnaient, moins son peuple. Son Algérie était "idéalisée et désindigénéisée", une "Terre promise à la colonisation". Le dernier chapitre est tout aussi intéressant. Il traite des relations complexes que le compositeur de Samson et Dalila eut avec l'Allemagne. Avec Berlioz, il est le français le plus joué en Allemagne, il bénéficie du soutien de Franz Liszt et admire grandement la musique de Wagner. Mais devant la montée affolante du wagnérisme en France, il renâclera et se répandra en diatribes violemment anti allemandes, surtout dans la dernière partie de sa vie, assombrie par les horreurs de la première guerre mondiale. La germanophobie tourne au nationalisme exacerbé. Un ouvrage remarquable, bien illustré, et pourvu de tableaux, de cartes, d'une bibliographie approfondie, et d'un important corpus de notes de bas de page.  Un nouveau fleuron de la collaboration entre les Editions Actes Sud et le Palazzetto Bru Zane, à conseiller chaleureusement aux passionnés de musique romantique française. Bruno Peeters Stéphane Leteuré, Camille Saint-Saëns, le compositeur globe-trotter (1857-1921), Editions Actes Sud/Palazzetto Bru Zane, Arles, 2017, 240 p., 30 euros.

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