Salzburger Festpiele : Mariss Jansons triomphe avec Chostakovitch

par
lady macbeth

Pour la direction musicale de son premier opéra au festival de Salzbourg Mariss Jansons a choisi Lady Macbeth de Mtsensk de Chostakovitch, une des cinq nouvelles productions scéniques que le festival propose cette année. On peut sûrement rarement trouver un chef plus engagé que Jansons qui a étudié à fond la version originale (1930-32) de l’œuvre et s’est montré une ardent intercesseur.

Tous les recoins de la partition lui sont familiers et c’est avec un soin particulier et un amour évident qu’il a guidé le Wiener Philharmoniker dans une exécution qui combine un travail de détail presque chambriste avec les explosions monumentales dans l’évocation de la cruauté du drame réaliste et l’humour mordant et la satire. L’orchestre le suit sans réserves et peint tous les émotions, brutalités et ébats sexuels avec un son expressif mais toujours cultivé. Je n’ai pas retrouvé la même intensité qui vous grippe et ne vous lâche pas dans la mise en scène de Andreas Kriegenburg, aussi méritoire qu’elle soit. Il situe toute l’action - dans un contexte contemporain discutable – dans un décor unique (Harald B. Thor) qui représente une grande cour intérieure délabrée où tout le petit monde se retrouve mais qui de temps en temps cède la place à des intérieurs (la chambre à coucher de Katerina et le bureau de la firme de son beau- père Ismailov). Le va-et-vient de ces éléments de décor n’est pas toujours très heureux et interrompt la tension. Mettre un groupe de femmes des prisonniers en route vers la Sibérie dans une cage ne me semble pas une bonne idée car elle rend l’interaction entre Sergej et Sonetka assez improbable. Le suicide de Katerina qui entraîne aussi Sonetka dans la mort (ici par pendaison !) n’était pas très réussi non plus. Mais en général la direction d’acteurs est bien réglée et il y avait une intense interaction entre les personnages, surtout du trio Katerina, son beau- père Boris Ismailow et son amant Sergej. Les scènes de masse entre les travailleurs étaient réalistes à souhait.
La rôle de Katerina, la jeune femme frustrée, dominée par son beau-père et qui se livre corps et âme au beau Sergej a été interprété avec grand succès par Nina Stemme mais dans le spectacle auquel j’ai assisté la cantatrice suédoise, malade, a dû donner forfait. C’est Evgenia Muraveva, jeune soprano russe qui a pris la relève et nous a fait vivre les frustrations, amours et affres de Katerina, qu’elle a exprimé avec une voix fraîche et expressive. Brandon Jovanovich campait un Sergej macho à souhait doté d’un ténor robuste. Dmitry Ulyanov donnait autorité, malignité et une voix sonore à Boris Ismailov. Maxim Paster était convaincant comme la caricature de mari Sinowi. Sonetka trouvait une excellent interprète dans Ksenia Dudnikova à la voix de mezzo ample et Andrii Goniukov exprimait la lamentation du vieux forçat avec une belle émotion. Tous les autres rôles épisodiques étaient bien tenus et les chœurs de l’opéra de Vienne chantaient vigoureusement et prenaient activement part à l’action.
Erna Metdepenninghen
Salzbourg, le 10 août 2017

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