Si triste… 

par
Stemme
Quelle indicible tristesse vous emplit le cœur lorsque vous êtes confrontés à une grande voix en état de délabrement ! Nina Stemme est l’une des artistes lyriques majeures du début du XXIe siècle ; et le public du Grand-Théâtre de Genève a ovationné, entre 2001 et 2007, sa Katerina Izmailova dans la Lady Macbeth de Mzensk de Chostakovitch, son Elisabeth de Tannhäuser et son Ariadne dans Ariadne auf Naxos de Richard Strauss. Aujourd’hui, après vingt-cinq ans de carrière, la chanteuse paie la facture de rôles vraisemblablement trop lourds pour ses moyens tels qu’Isolde ou Turandot : n’est pas Birgit Nilsson qui veut ! La sonorité devient gutturale, l’émission cherche une assise dans le haut medium extrêmement tendu, le passage vers l’aigu est tout aussi douloureux. Dans un patchwork juxtaposant Kurt Weill, Gershwin et Wagner, faut-il inverser le programme en commençant par les redoutables Wesendonck Lieder ? Même si le chant est pavé de bonnes intentions, la voix ne peut masquer l’usure des moyens, les notes sont égrenées sans produire une véritable ligne, ce que trahit l’expression désabusée du visage. Et ce n’est que dans le dernier lied, ‘Träume’, qu’apparaît un semblant de legato et que le forte prend une certaine consistance. Curieusement, Nina Stemme se tourne ensuite vers la comédie musicale américaine en se donnant un air gouailleur pour évoquer la tapageuse Lorelei dans Pardon My English de George & Ira Gershwin ; puis en allemand elle dessine Surabaya Johnny dans Happy End de Kurt Weill, alors qu’en anglais elle narrera la saga de Jenny dans Lady in the dark ; mais dans ces trois pages, elle donne l’impression de rester à la surface du propos. Et finalement c’est dans son premier bis, une mélodie célèbre d’Edvard Grieg, « Jeg elsker dig » (souvent présentée en allemand sous le titre de « Ich liebe dich ») que nous retrouvons le timbre et la musicalité d’une artiste que l’on a beaucoup aimée ! L’autre point litigieux de la soirée est constitué par la prestation du Svenska Kammarorkestern (l’Orchestre de chambre de Suède) qui accompagne les pages de Wagner dans un coloris plutôt neutre et s’imprègne de saveurs ‘jazzy’ plus épicées pour celles de Gershwin et Kurt Weill. Mais son chef Thomas Dausgaard s’avise de présenter cinq des Danses Hongroises de Brahms dans un arrangement de son cru où, à défaut de l’air de la puszta magyare, suinte le « Schmalz » des gargotes. J’avoue m’être esquivé à l’entracte de peur de devoir affronter une Quatrième Symphonie de Brahms dans Dieu sait quel tripatouillage… Paul-André Demierre Genève, Opéra des Nations, le 2 septembre 2017

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