Singularité respectée

par

Giuseppe VERDI
(1813 - 1901)
IL TROVATORE
Marco CARIA, Il Conte di Luna, Anna PIROZZI, Leonora, Enkelejda SHKOSA, Azucena, Piero PRETTI, Manrico, Coro Lyrico Marchigiano « Vincenzo Bellini », FONDAZIONE ORCHESTRA REGIONALE DELLE MARCHE, Dir.: Daniel OREN
Macerata Opera Festival, juillet-août 2016- DDD- 2 CD- CD 1 66'32 - CD 2 62' 06 - présentation en italien et anglais - chanté en italien - Dynamic CDS7769.02

Écrit et représenté entre Rigoletto (Venise, Fenice, 11mars 1851) et La Traviata (Venise, Fenice, 6 mars 1853), Il Trovatore (Rome, Teatro Apollo, 19 janvier 1853) fait partie de la fameuse « trilogie » verdienne dont le public raffole. Se situant historiquement au milieu de la carrière du musicien, Trovatore s'inscrit dans la dynastie espagnole hugolienne du compositeur. Le sujet de parents meurtriers, infanticides et substitutions d'enfants ressort en revanche du grand opéra français tel La Juive d'Halévy. Si cette œuvre centrale a bénéficié d'une cote d'amour particulière dès sa création, c'est sans doute pour plusieurs raisons. Sa singularité déjà : une forme de réserve, d'intimité, une volonté de sobriété à la fois esthétique et musicale à l'intérieur même du vaste spectre de contrastes, la distinguent de toutes les autres. Son italianité, ensuite, qui épouse l'instinct avant la cérébralité tout en satisfaisant les deux. Sa dynamique inexorable enfin. Ce qui se traduit par une distribution qui, en dehors du Chœur, ne fait appel qu'à sept solistes, tous bien caractérisés psychologiquement – et donc musicalement. A cela s'ajoute un orchestre admirablement galbé, sans excès d'extraversion lyrique, préférant la plus part du temps une intense confidentialité. C'est pourquoi dans son étrangeté séduisante, le chef d’œuvre verdien s'impose à l'auditeur. Il s'y trouve comme associé à une confession exprimée à haute voix, conquis par cet acte d'amour religieux autant qu'humain, où l'on avance à tâtons mais avec une fascination omniprésente. A l'aune des interprétations légendaires les interprètes du Festival de Macerata ne cherchent pas à rivaliser mais offrent de belles découvertes et servent tous - chœurs compris- la partition, avec talent et conviction. Dans le rôle de Léonora, Anna Pirozzi, très belle découverte verdienne, offre de superbes moments. Marco Caria incarne un Conte di Luna d'envergure, (même si le son semble « flotter entre deux eaux ») aux côtés du Manrico clair et élégant de Piero Pretti. Enkelejda Shkosa prête son très beau timbre , sa dignité tragique, son ampleur, sa musicalité au personnage redoutable d' Azucena en dépit d' un vibrato très présent et d'une hétérogénéité curieuse de la tessiture. La direction d'orchestre restitue le climat dramatique sans emphase avec une dynamique efficace. Comme pour tous les opéras captés en direct, le son accentue parfois imperfections individuelles et déséquilibres collectifs ; sans compromettre toutefois le très grand plaisir de l'écoute.
Bénédicte Palaux Simonnet

Son 8 - Livret 5 - Répertoire 8 - Interprétation 8

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