Sur les ailes de la danse

par
Dardanus Rameau
Jean-Philippe RAMEAU (1683 - 1764) DARDANUS, version 1739 Karina GAUVIN, Vénus, Gaëlle ARQUEZ, Iphise, Reinoud van MECHELEN, Dardanus, Florian SEMPEY, Anténor, Nahuel di PIERRO, Tencer, Isménor, Katherine WATSON, Amour, une Bergère, un Songe, Etienne BAZOLA, Un Berger, Virgile ANCELY, Guillaume GUTIERREZ, un Songe, ENSEMBLE PYGMALION, dir.: Raphaël PICHON. Mise en scène : Michel FAU. Décors : Emmanuel CHARLES. Costumes : David BELUGOU. Chorégraphie : Christopher WILLIAMS. Lumières : Joël FABING. Opéra de Bordeaux, avril 2015 1 DVD NTSC + 1 BLU-RAY- 3h12'24- format 16/9- DTS 5.1- sous-titres allemand, anglais et français- chanté en français-HMD 9859051.52 Pourquoi « Dardanus », dès sa création en novembre 1739, et jusqu'à nos jours n'a-t-il jamais connu le succès des précédents ouvrages de Rameau : « Hippolyte et Aricie » puis « Les Indes Galantes » en 1733, « Castor et Pollux » en 1737 et les « Fêtes d'Hébé » en 1739 ? La réponse semble aller de soi : à cause du livret de Charles-Antoine Leclerc de la Bruère très lointainement inspiré des « Métamorphoses » d'Ovide. Toutes les figures obligées du Baroque sont certes bien présentes mais ordonnées avec un manque flagrant de contraste et, surtout, du sens de l'urgence dramatique. Les multiples versions et remaniements n'y pourront rien. Héroïne brisée dans ses pulsions amoureuses, prétendants orgueilleux, héros rétif enfermé dans une geôle, catastrophes naturelles, tempêtes et monstre affreux ne parviennent pas à vivifier une action très statique. Jusqu'au IVe Acte, une scène de long sommeil qui étire inutilement le récit et que s'empressera de stigmatiser une caricature montrant le dormeur sous les traits de … Rameau ! Mais, ce qui a toujours sauvé « Dardanus », ce sont des chœurs remarquables, et l'incroyable profusion de danses à l'invention toujours renouvelée, plus charmeuses les unes que les autres. Ce qui se vérifie avec la présente captation des représentations au Grand Théâtre de Bordeaux où une bonne douzaine de danseurs et danseuses confère à cette « tragédie lyrique » une dimension remarquable et exaltante. Il convient de souligner cette donnée qui donne un impact étonnant (au sens du XVIIIe siècle) à toute la représentation bordelaise (saisissante beauté du ballet des « Ombres ailées »!). Que le public leur ait réservé une ovation aussi nourrie que sincère, démontre une fois de plus la « nécessité » de pareil phénomène et l'apport crucial d'une chorégraphie aussi documentée qu'intelligente. L'ensemble est dirigé avec intensité et précision par Raphaël Pichon qui, conduisant mains nues, se trouve parfois emporté par son enthousiasme et, malheureusement, un peu sec, voire brouillon. Faible réserve au regard de l'engagement poétique et scénique de cet artiste lui aussi très applaudi à la fin du spectacle. Tout aussi investis, les chanteurs se montrent tous pénétrés de la valeur « musicale » de ce qu'ils défendent. On signalera l'enthousiasme, la vérité intérieure d'Iphise (Gaëlle Arquez) qui, à la fin de l’œuvre, retient ses larmes à grand peine et la très belle interprétation de l'air « Monstre redoutable » par Florian Sempey. A tous les excellents interprètes il faut joindre les Choeurs, très beaux, les costumes, les décors (avec toiles peintes, monstres et machines) et une mise en scène qui sait utiliser et transcender la puissance visuelle du kitsch pour se mettre avec beaucoup de justesse, au service de Rameau. Le travail sur les plans, les lumières, le rythme du montage est également à souligner. Bénédicte Palaux Simonnet

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