Mots-clé : Christian Hecq

Une re-création, une récréation, une distanciation brechtienne et quelques points de vue hélas toujours pertinents

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Le Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence fête son 75e anniversaire, voilà qui manifeste une magnifique pérennité faite de créations dont beaucoup n’ont pas été oubliées. Cet anniversaire, il en inaugure les festivités de façon originale.

Une re-création !

Au programme, L’Opéra de quat’sous de Brecht-Weill ! Et non pas le Die Dreigroschenoper, la version allemande originellement créée à Berlin en 1928 et que nous aurions vécue avec des surtritres. L’œuvre a été retraduite par Alexandre Pateau, avec des mots, des expressions, des registres de langage d’aujourd’hui. Sans sollicitation, en toute fidélité aux propos originaux. Ce texte nous atteint donc directement.

Mais surtout, ceux qui interprètent cette partition chantée-parlée, ne sont pas des chanteurs qui jouent (et l’on sait combien le plus souvent leur diction est apprêtée), mais bien des comédiens qui ont appris à chanter. Et quels comédiens puisqu’il s’agit de ceux de la Comédie-Française. Sans rien perdre de la précision et de l’énergie de leur jeu, ils ont accompli un travail remarquable. Certains d’entre eux sont époustouflants de vérité vocale. Ils dansent aussi (chorégraphie de Johanna Lemke).

Magie de haut vol à la Cour du Roi Soleil, Ercole Amante (Hercule amoureux)

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Vantardises d’Hercule suivi d’un chien-monstre verdâtre, éclosion de Vénus au milieu d’une fleur géante, facéties des pages, pleurs de Déjanire prolongés d’une interminable traîne, tout ce que l’on voit prête à rire. Vols planés, plongées sous terre, vagues de carton... dès le premier tableau du Prologue où seuls les visages dorés des choristes apparaissent dans les rayons du soleil, le public est pantois. Il le restera jusqu’au final où dieux, astres, roi Louis XIV et sa future épouse -pour lesquels l’œuvre avait été commandée à Cavalli par Mazarin- scintillent en une pyrotechnie formidablement réglée. L’ingéniosité règne, l’humour également, bon enfant, loin de la parodie ou de la dérision. D’autant plus efficace qu’un plateau agile, familier du style baroque, dirigé de main de maître par les metteurs en scène Valérie Lesort et Christian Hecq, s’approprie ce ton léger, ces blagues juvéniles, sans jamais négliger de servir la musique.

Retour brillant d'un chef-d'oeuvre parfait

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Anne-Catherine Gillet et Cyrille Dubois © Larraine Wauters/Opéra Royal de Wallonie

Le Domino noir de Daniel-François-Esprit Auber.
Excellente initiative de l'Opéra Royal de Wallonie de remonter ce Domino noir (1837), opus le plus joué d'Auber, avant Fra Diavolo, Le Maçon ou La Muette de Portici. Ce succès immense rend incompréhensible l'oubli dans lequel il est tombé, d'autant plus que nous avons pu nous rendre compte de son intérêt par l'intégrale studio publiée en 1995 chez Decca, dirigée par Richard Bonynge, avec Sumi Jo dans le rôle-titre.