Toute la lumière de Bach

par

Jean Sébastien BACH
(1685 - 1750)
Cantates BWV 12, 106, 131 et 150
Ensemble Vox Luminis, dir.: Lionel MEUNIER
2016-DDD-84'55-Textes de présentation en français, anglais et allemand-Alpha 258

Tous les amateurs savent la tradition d'excellence portée par l'ensemble Vox luminis, nom on ne peut plus approprié pour ces musiciens qui semblent transfigurer tout ce qu'ils touchent, et par son très talentueux chef Lionel Meunier. Cette fois leur choix s'est porté sur le cantor de Leipzig, une première pour ces musiciens, et en particulier sur quatre cantates de jeunesse en commençant par le fameux Actus Tragicus BWV 106, l'une des toutes premières pages écrites par Bach dans le genre, que Gilles Cantagrel n'hésite pas à qualifier d'« oeuvre géniale d'un jeune homme de 22 ans ». De telles interprétations découragent la critique. Que dire, en effet, devant tant d'évidence, d'absolu, de naturel, d'intemporalité? Les effectifs réduits ne paraissent pas squelettiques pour autant et apportent une dimension d'intimité qui convient tout particulièrement à ces partitions le plus souvent graves et qui invitent à la réflexion et l'introspection. Alors qu'un Joshua Rifkin paraissait excentrique et artificiel avec un nombre minimal de musiciens dans ce même BWV 106, rien de tel ne transparaît ici. La polyphonie brille de mille feux, en particulier dans l'extraordinaire BWV 131 Aus der Tiefen rufe ich, Herr, zu Dir et son merveilleux choeur Ich harre des Herrn, rendu ici dans un état d'apesanteur rare. Et que dire de la célèbre Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen BWV 12, magnifiée comme jamais dans cette version où la douleur est presque palpable et pourtant retenue, où l'intériorité atteint des territoires rarement explorés jusqu'ici. Peut-être tenons-nous là le plus bel enregistrement existant de ce sublime joyau. Du côté des musiciens, on admirera le velours du hautbois de Jasu Moisio dans les 131 et 12, l'engagement et la sobriété de tous les solistes vocaux, sans oublier l'orgue touché par Bart Jacobs, une copie signée Dominique Thomas d'un Gottfried Silbermann. A notre époque engorgée de versions innombrables de chefs-d'oeuvres tels que les cantates de Bach, le mélomane est de plus en plus tenté d'opter pour la solution du « tout en un », d'autant que les intégrales (ou quasi intégrales) des cantates sont de plus en plus souvent proposées à des prix encore abordables (Leonhardt-Harnoncourt, Suzuki, Gardiner, Koopman, Rilling). On ne saurait que trop le pousser à se procurer l'un ou l'autre de ces ensembles; son choix sera une affaire de goût personnel. Mais, à côté de cela, qu'il ne rate pas quelques pépites isolées tel ce disque exceptionnel (aussi par sa durée: près de 85'), si juste et délicat de ton, nimbé d'une poésie sans cesse renouvelée et animée d'une foi vraiment... lumineuse. Signalons pour terminer les courtes mais très instructives notices de « monsieur Bach »: Gilles Cantagrel. Un disque à écouter les yeux fermés... et en boucle.
Bernard Postiau

Son 10 - Livret 9 - Répertoire 10 - Interprétation 10

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