Truls Mork dialogue avec Tomas Netopil

par
Netopil

Tomas Netopil

Pour ouvrir sa saison 2017-2018, le Service Culturel Migros reçoit la Philharmonie Tchèque sous la direction de Tomas Netopil remplaçant son maître Jiri Belohlavek, décédé le 1er juin dernier. 
Le programme commence par une brève page de Leos Janacek, Jalousie, inspirée d’une chanson de brigands, Zarlivec (L’Homme jaloux), métamorphosée en une pièce pour chœur d’hommes et baryton solo puis en ouverture pour Jenufa ; mais lorsque l’ouvrage fut achevé, se révéla une dichotomie de style entre le prélude et l’opéra. C’est pourquoi Jalousie se détacha de l’ensemble. Dès le roulement de timbales initial, le chef donne libre cours à la véhémence des cordes qui s’estompera avec le hautbois imposant un lyrisme à fleur de peau. Et la lutte entre les pulsions antithétiques s’achèvera sur la tenue de timbales, tout aussi énigmatique qu’au début.Paraît ensuite ce colosse norvégien qu’est le violoncelliste Truls Mork, interprète du Concerto en si mineur op.104 d’Antonin Dvorak, en réalité le deuxième de son auteur, datant de sa période américaine. De l’Introduction, Tomas Netopil exploite la fierté de propos que viendra alléger le rubato du cor. Le soliste en dégage le pathétique douloureux dans une sonorité qui n’est pas grande mais qui s’avère ô combien expressive ; il prend le temps de développer chaque segment en dessinant le cantabile dans un pianissimo intériorisé qui prendra une dimension tragique avec les inflexions plaintives de l’Adagio. Et le Finale profitera des accentuations du phrasé et de la finesse du trille pour vous obliger à écouter un dialogue d’une rare éloquence entre le premier violon et le violoncelle. En bis, celui-ci nous offre, dans un dépouillement allant à l’essentiel, ‘El cant dels ocells’, la mélodie populaire catalane magnifiée par l’archet de Pablo Casals.
Le concert s’achève par une autre grande œuvre de Dvorak, la Huitième Symphonie en sol majeur op. 88, dont la baguette énergique de Tomas Netopil tire un son onctueux émanant des registres graves. Dans le pianissimo le plus ténu, il recherche un coloris paisible qui tournera à l’exaltation joyeuse des vents sous la houle déferlante des cordes. L’Adagio acquiert un côté cérémonieux en faisant chanter bois et cuivres par de généreux élans qu’aseptiseront les contrastes de phrasé. La souplesse des attaques confère au Scherzo une saveur de ländler qui disparaîtra avec les appels de trompette annonçant un Finale aux arêtes burinées d’où s’échappera un irrésistible motif dansant balayant tout sur son passage ; mais en un singulier contraste apparaîtra un motif élégiaque ayant la transparence du rêve dont aura raison l’enivrante euphorie du début. En bis, une Cinquième Danse Hongroise de Brahms à vous faire bondir de votre siège !
Paul-André Demierre
Genève, Victoria Hall, le 25 octobre 2017

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