Un beau début pour un jeune ensemble

par
smetana

Bedrich SMETANA
(1824 - 1884)
Trio à clavier en sol mineur, op. 15
Dimitri CHOSTAKOVITCH
(1906 - 1975)
Trio à clavier n° 2 en mi mineur, op. 67
Ensembl’Arenski : Claire Dassesse (violon), Aurore Dassesse (violoncelle), Stephanie Proot (piano)
2017 - DDD- 53’59- Textes de présentation en anglais, français et néerlandais- Etcetera KTC 1606

Pour son première parution discographique, c’est un bien bel enregistrement que nous offre le curieusement nommé Ensembl’Arenski qui réunit trois jeunes musiciennes belges de talent: les soeurs Claire et Aurore Dassesse et la pianiste Stephanie Proot.
Des deux oeuvres proposées, c’est sans conteste le magnifique Trio de Chostakovitch qui bénéficie de l’interprétation la plus aboutie. Dès les mystérieuses harmoniques du violoncelle qui ouvrent l’oeuvre, suivie de l’entrée étouffée du piano et d’un violon au son réduit à un souffle (on dirait presque « kremerisé »), l’interprétation captive et ne cessera de le faire jusqu’à la fin ambigüe où l’on ne sait plus trop si c’est l’amertume ou la sérénité qui l’emporte. Entre-temps, les interprètes se seront données corps et âme pour sans cesse nous toucher. On apprécie tout autant la belle égalité de toucher de la pianiste, le son mince et cinglant du violon, ainsi que le lyrisme chaleureux et la sereine maîtrise de la violoncelliste. Dans l’ Allegretto final et ses déchirantes évocations de mélodies juives (rappelons que l’oeuvre fut écrite en 1944), les musiciennes instaurent une tension magnifique sans jamais forcer le trait, refusant à juste titre de céder à l’hystérie. On admire la calme autorité de Stephanie Proot, le lyrisme épuré de Claire Dassesse comme celui, plus chaleureux, de sa soeur Aurore qui maîtrisent parfaitement l’inexorable montée en tension du mouvement et la façon dont elles nous conduisent vers la fin apparemment apaisée (mais l’est-elle vraiment ?) de l’oeuvre.
S’il n’a pas l’urgence brûlante du Trio de Chostakovitch , celui de Smetana - émouvant monument à sa fille morte à l’âge de 4 ans- bénéficie d’une interprétation élégante, claire et soignée qui -surtout dans le chef de la pianiste et de violoniste au style pur et très français, alors que la violoncelliste est plus naturellement extravertie- tire fortement l’oeuvre vers la musique de chambre française de l’époque, à commencer par Franck mais aussi Fauré: qu’on songe seulement au balancement rythmique du deuxième mouvement ou à l’éloquente mélodie déclamée par la violoncelle dans le Finale.
Patrice Lieberman

Son 9 - Livret 9 - Répertoire 9 - Interprétation 8 (Smetana) 9 (Chostakovitch)

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