Un CD aussi important que beau !

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0126_JOKERHenry DU MONT (1610 - 1684) O Mysterium 12 Motets et Élévations pour la Chapelle de Louis XIV Ensemble CORRESPONDANCES, dir.: Sébastien DAUCE 2016-71'18- présentation et livret en français, anglais et allemand- textes en latin, français, anglais, et allemand- chanté en latin-Harmonia Mundi 902241 Voilà un disque aussi important que beau ! Car Henry Du Mont voit sa gloire louis-quatorzième s'étendre jusqu'à nous : nombre de paroisses chantent encore en effet sa fameuse Messe du VIe ton. Et sa discographie, sans être pléthorique s'avère à ce jour assez bien représentée (enregistrements de Herreweghe, Henri Ledroit, Ensemble Sagittarius, Pierre Robert, le Choeur de Chambre de Namur et bien d'autres). Mais la présente version apporte un supplément d'authenticité et d'élégance très remarquable. Authenticité appliquée à la prononciation (« om » et non « oum », telle que pratiquée au XVIIe siècle) aux effectifs vocaux et instrumentaux (jolies flûtes et basses de flûte, dessus et basses de viole, théorbe, luth, clavecin et orgue) et vocaux (répartition heureuse des dessus, haute-contre, taille et basse taille). Enfin, les textes : choisis avec une certaine dévotion par le jeune claveciniste ( 36 ans) Sébastien Daucé, maître d’œuvre et direction d'orchestre. Pareil disque vient donc chatoyer parmi la collection d'orgue et motets au XVIIe siècle à la Chapelle Royale dont on sait que Louis XIV suivait de près tout ce qu'y s'y passait (nomination des organistes, répertoires pour sa messe quotidienne etc.). Importance de cet enregistrement mais aussi beauté. On dira simplement (les deux articles du livret de présentation sont assez explicites) qu' Henry Du Mont occupa les plus hautes fonctions à la Cour de Versailles. Car ce Belge de naissance (en 1610 près de Liège) sut s'imposer à Paris par son jeu subtil, varié et humain et une bonne part aussi de « savoir-faire » : tour à tour auprès du frère du Roi, puis de la Reine et enfin du Souverain. Mais sans d'éclatantes qualités musicales, eût-il pu réaliser pareille ascension ? Ce disque en est la réponse ! Dès le Memorare d'entrée on perçoit un esprit fin, équilibré mais aussi profane et religieux. Et la foi de l'homme magnifie sa musique (« sed audi propitia et exaudi », phrase finale). Avec son long prélude d'orgue assez sévère, le O aeterne misericors Deus (plage 4) joint aux voix graves masculines, la transparence, l'envolée des voix féminines en une sorte de contrepoint aux lignes amples coupées brusquement de vigoureux accents scandés donnant au mot répété « aeternitas » une durée quasi... infinie. Et comment oublier la gravité légère du Sub umbra noctis profundae, le O Mysterium où -comme on l'a si justement écrit- le compositeur « se met à genoux » devant la Vierge Marie. De même que chez son confrère Marc-Antoine Charpentier, l'élan vers la consolatrice : O dulcissima , exprime autant la confiance qu'une véritable « amitié ».Si bien, qu'une fois encore, on ne peut que souscrire à ce constat :  le Grand Siècle l’était en toutes choses... Bénédicte Palaux Simonnet Concert le 26 novembre 2016 à l'Opéra Royal de Versailles.

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