Un chef-d’oeuvre trop rare au disque

par
Vaughan Williams

Ralph VAUGHAN WILLIAMS
(1872 - 1958)
Job (1927-1930) - Symphonie N° 9 (1956-1957)
Orchestre Philharmonique de Bergen, Andrew Davis (direction)
DDD-2017-77’29-Textes de présentation en anglais, allemand et français- Chandos CHSA Ò5180

Dans les colonnes du numéro 96 (janvier-février 2009) de Crescendo, le regretté Harry Halbreich écrivait que le ballet Job représentait « peut-être la synthèse la plus complète de l’art du compositeur ». Inspiré des fameuses gravures de William Blake illustrant l’austère et poignant récit biblique, Job conçu à l’origine comme ballet, avait d’abord été proposé à Diaghilev qui ne se montra pas intéressé, trouvant l’oeuvre « trop anglaise et trop démodée », de sorte que le compositeur la retravailla en lui donnant la forme d’une oeuvre de concert en neuf scènes dont la première eut lieu en 1930, alors que le ballet fut finalement monté à Cambridge l’année suivante. Il n’y a rien d’aimable ou de mignon à cette oeuvre de près de 45 minutes, où l’on trouve à la fois des épisodes d’une grande violence, et d’autres d’une belle sérénité si anglaise et paisible (comme le magnifique solo de violon de la scène VII). D’autres passages comme la scène VI (Dance of Job’s Comforters) sont prenants et dépouillés, très stravinskyens, avant la spectaculaire entrée de l’orgue. L’Epilogue qui clôt l’oeuvre reprend ce côté pastoral et serein qu’on associe volontiers à la musique anglaise. On sent aussi dans cette page l’influence du collègue et ami Gustav Holst, dont la belle et austère partition Egdon Heath rend hommage à l’écrivain Thomas Hardy, l’auteur de Tess d’Urberville et source d’inspiration avouée pour la Neuvième symphonie en mi mineur de Vaughan Williams. Il s’agit là aussi d’une musique austère et forte. Le premier mouvement a quelque chose de menaçant et de minéral, alors que de beaux épisodes de tendresse allègent la tension. L’Andante sostenuto est marqué par de nobles solos de bugle qui alternent avec des thèmes plus austères. Le Scherzo qui suit est enlevé et entraînant, et met en évidence un trio de saxophones sur fond de cordes soyeuses. Les saxophones jouent à nouveau un rôle important de l’Andante tranquillo final, et le compositeur réserve en outre de très belles pages aux violons et aux altos. L’auditeur ne peut qu’être frappé par la franchise et la probité d’une musique dont la profondeur et le refus voulu de la séduction extérieure exigent de nombreuses écoutes pour se laisser pleinement appréhender.
C'est une réelle hauteur de vue de l’interprétation que donne de ces deux oeuvres Sir Andrew Davis. Avec l’Orchestre Philharmonique de Bergen, le chef britannique peut compter sur une phalange de toute première qualité. Comme c’est l’habitude chez Chandos, une magnifique prise de son couronne cet excellent enregistrement.
Patrice Lieberman

Son 10 - Livret 10 - Répertoire 10 - Interprétation 10

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