Un Debussy inévitablement Kuijken

par
Debussy Kuijken
Claude DEBUSSY (1862 - 1918) Quatuor à cordes en sol mineur op. 10, Syrinx pour Flute solo, Sonate pour Violoncelle et Piano, Sonate pour Flûte, Alto et Harpe, Sonate pour Violon et Piano Ensemble Kuijken – 71’00 – Livret de présentation en français, anglais, allemand, et italien – Arcana 392 Longtemps indisponible, l’enregistrement de l’an 2000 de la musique de chambre de Debussy par l’ensemble Kuijken ressort, 16 ans plus tard. Mettons en exergue le livret de présentation, indispensable pour l’écoute de ce disque assez surprenant. En effet, au premier abord, le nom Kuijken rappelle celui de La Petite Bande, illustre ensemble spécialisé notamment dans le baroque, et non pas l’impressionnisme. Ainsi, après de belles analyses des œuvres par feu Harry Halbreich, Sigiswald Kuijken prend la parole : nul ne trouvera ici de procédés historiquement authentiques, de jeu ‘à l’ancienne’, « mais simplement un Debussy inévitablement Kuijken ». L’utilisation d’instruments d’époques ou de reproductions sert à mieux orienter les musiciens dans leur choix d’interprétations et à les rapprocher du langage musical du compositeur. À la première écoute, la qualité sonore peut dérouter. Les instruments d’époques sonnent-ils si différent de ceux du présent, ou serait-ce l’enregistrement qui rend les cordes légèrement granuleuses ? Malgré cela, l’Ensemble Kuijken, de par sa lecture soigneuse et archi-fidèle à l’écriture et la stylistique debussyste propose un beau résumé chronologique de l’œuvre chambriste de ce révolutionnaire musical. Ils font de liberté et de vigueur rythmique leurs mots d’ordre dans le Quatuor à Cordes en sol mineur, faisant mouche dans le deuxième mouvement aux pizzicatos endiablés, avant de faire savourer l’expressivité discrète du troisième mouvement. Nous découvrons ensuite le son chaleureux de la flûte Auguste Bonneville de 1910 dans Syrinx et la Sonate pour flute, alto et harpe. Cette dernière œuvre captive par la combinaison si innovante et pourtant si naturelle entre ces trois instruments, en particulier au Final, aux rebondissements harmoniques envoûtants ! La Sonate pour violoncelle et piano, écrite en 1915 est ravissante et raffinée. Pizzicatos mystérieux, fausses harmoniques planantes ou lyrisme ibérique, chaque ambiance est pleinement assumée. Certains verront dans les tempos généralement plus lents une volonté noble de ne pas confondre virtuosité et musicalité, tandis que d’autres verront un surplus de prudence pouvant mener à une perte de fluidité. Sigiswald Kuijken choisi de faire transparaître la douleur et la mélancolie profonde dans l’ultime œuvre de Debussy, la Sonate pour violon et piano. Si on ne peut qu’applaudir les talents de ces deux interprètes solistes, la véritable star est Piet Kuijken. La panoplie de sonorités offerte par le pianiste, merveilleuse en soit, est subtilement mise valeur par la clarté et la légèreté du son du piano Érard de 1894. Pierre Fontenelle, Reporter de l’IMEP

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