Un Enesco qui abandonne son violon pour le piano ! Une aubaine !

par
Enescu

George ENESCU
(1881 - 1955)
Piano Works
Pièces impromptues op. 18 (Suite n°3) - Suite n°2 op. 10 - Regrets
Sina Kloke, piano
2017- SACD-64'59"-Textes de présentation en anglais, français et allemand - MDG 904 2039-6

On ne le sait pas assez ; à côté du compositeur et du violoniste virtuose, George Enescu (Georges - avec s - Enesco, le nom francisé qu'il a définitivement choisi à l'adolescence) fut aussi pianiste, chef d'orchestre et pédagogue. Cet enregistrement nous offre deux des œuvres pour le piano les plus importantes du compositeur roumain, les deuxième et troisième suites. 
Les quatre mouvements de la deuxième suite s'articulent sur des modèles baroques : la toccata ne nie pas ses aspects lisztiens et wagnériens. Les trois autres mouvements, sarabande, pavane et bourrée, font plus appel au folklore roumain ; ils ont été présentés lors d'un concours organisé à Paris. Cortot, d'Indy, Debussy, Lalo, Pierné... siégeaient dans le jury qui leur octroya le premier prix ainsi que le prix Pleyel (un grand piano) destiné à récompenser la meilleure œuvre pour piano.
Les sept pièces de l'opus 18 (mélodie, voix de la steppe, mazurk mélodique, burlesque, appassionato, choral, carillon nocturne ) datent d'une décennie plus tard. Elles n'ont été publiées qu'en 1958 sous le nom de Suite n°3, un titre mal choisi vu la grand hétérogénéité de ces impromptus. Composées entre 1913 et 1916 dans la grande période de bouleversement musical du XXe siècle, elles affichent un style expressif nettement plus moderne que les quatre pièces de la Deuxième Suite. Le carillon nocturne laisse pressentir le Messiaen des Visions de l'Amen, "un pur mystère, une atmosphère harmonique de la plus subtile atonalité" d'après les dires du compositeur roumain Pascal Bentoiu.
Regrets est une petite pièce de quatre minutes d'un compositeur de dix-sept ans. Contemporaine de la première sonate pour violoncelle et piano et non exempte de l'influence de Liszt et de Wagner, elle joue ici le rôle d'un bis, un encore comme on se plaît à le dire aujourd'hui.
Il faut féliciter la jeune pianiste allemande de nous offrir ce répertoire peu exploré. A part elle, il n'y a que quelques rares pianistes comme Raluca Stirbat, Luiza Borac ou Josu de Solaun qui s'y soient risqués. Elle nous fait entendre un beau jeu, direct, clair sur un superbe piano Steinway Concert Grand Piano D de 1901 récemment restauré.
Parlant d'Enesco, Yehudi Menuhin n'hésitait pas à écrire : Avec Bartók, le plus grand musicien que j'ai connu ; en quelque domaine de la musique que ce soit, il était profondément inspiré. On ne l'a pas encore entièrement découvert. Dans Crescendo en 2005, le musicologue belge Harry Halbreich, quant à lui, n'hésitait pas à qualifier George Enesco de plus grand phénomène musical depuis Mozart. Excusez du peu !
Il ne nous reste plus qu'à nous réjouir à l'écoute de cette belle évocation enregistrée avec la qualité que l'on doit à l'éditeur MDG.
Jean-Marie André

Son 10 – Livret 9 –  Répertoire 8 – Interprétation 9

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