Un enlèvement heureusement sans Martin Kusej

par
Enlèvement
Wolfgang Amadeus MOZART (1756 - 1791) DIE ENTFUHRUNG AUS DEM SERAIL Jane ARCHIBALD, Konstanze, Norman REINHARDT, Belmonte, Mischa SCHELOMIANSKI, Osmin, David PORTILLO, Pedrillo, Rachele GILMORE, Blonde, Christoph QUEST, Pasha Selim, Ensemble AEDES, dir.: Mathieu ROMANO, LE CERCLE DE L'HARMONIE, dir.: Jérémie RHORER Enregistré en direct au Théâtre des Champs-Elysées, le 21 septembre 2015 2 CD- CD1 63'54- CD2 56'57- présentation, livret et texte en français, anglais, allemand-Alpha Précédée de la calamiteuse mise en scène d'Aix-en-Provence due à Martin Kusej, cette version orchestrale enregistrée en direct avec une prise de son très précise et rapprochée vole, ici, de ses propres ailes. Est-elle convaincante ? On a entendu pire -mieux aussi. On dispose de mémorables versions dans les archives discographiques (Beecham, Colin Davis, Krips...) et d'une concurrence sérieuse avec la version dirigée par Yannick Nézet-Séguin à Baden Baden en juillet 2014 parue en 2015 chez DG et celle de Glyndebourne avec une mise en scène de David Mc Vicar en 2015 également. C'est, indubitablement, une œuvre porte-drapeau de Mozart, très enracinée dans le XVIIIe siècle, qui concilie réminiscence des invasions ottomanes (datant de moins d'un siècle), traditions littéraires qui vont de Molière à Voltaire, idéaux maçonniques, Amour et Tolérance - les maître-mots du siècle (après Nature, Philosophie et Raison selon l'académicien Paul Hazar- « La crise de la conscience européenne ») mais aussi osmose entre le seria et le buffa qui vont s'épanouir ensuite avec la Trilogie Da Ponte. Dans ce Sinspiel, Mozart se révèle selon le mot de Jacques Chailley à « l'état pur » , dans son éclat le plus spontané. Précédé d' essais -le ballet « Gelosie del serraglio » (Jalousies du Sérail) de 1772 dont la musique est perdue, puis « Zaïde » (inachevée) en 1780- cette « turquerie » contient à la fois les acquis, les potentialités et la faculté d'épouser les contraires en un même instant du génie mozartien. L'enthousiasme échevelé, quelque peu anarchique du chef d'orchestre Jérémie Rohrer, pris parfois d'une frénésie rythmique, de variation de tempos en une battue sèche (Ouverture, Chœur des Janissaires notamment) fait merveille dans les moments vifs (Trio final du Premier Acte, Osmin, Belmonte et Pedrillo, par exemple) mais rend nerveuse l'aria de Konstanze « Ach, ich liebte » et très sèche l'introduction du « Marten aller Arten ». Mais, surtout, elle ignore cette grâce indéfinissable teintée d'espièglerie que les italiens désignent sous le nom de « sprezzatura », qualité consubstantielle à cette musique. Dans la constellation des personnages : quatre hommes deux femmes -qui trouveront bien d'autres subtiles configurations dans les opéras à venir- Konstanze (Jane Archibald) vocalise avec délicatesse et expressivité atteignant toutefois ses limites avec le redoutable « Marten aller Arten ». Intelligente aussi la Blonde vindicative et têtue de Rachele Gilmore. Côté masculin, il faut bien regretter le manque d'ampleur, de majesté de Christoph Quest au timbre un peu trop transparent pour un Pacha. Norman Reinhart, aux merveilleuses demi-teintes, au timbre agréable incarne un Belmonte plus subtil que déterminé. Restent les deux vainqueurs de la soirée, très applaudis à juste titre : David Portillo (Pedrillo) parfait dans la tradition du valet roublard et plein d'aisance ; Mischa Schelomianski (Osmin) fin, cruel, sensuel, plein d'exubérance et de venin dans un rôle, il est vrai, formidable ! Bénédicte Palaux Simonnet Son 8 - Livret 9 - Répertoire 10 - Interprétation 8

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