Un jeune altiste de grand talent

par http://www.bali-nea.com/
Walton Sinding

William WALTON
(1902 - 1983)
Concerto pour alto et orchestre
Christian SINDING
(1856 - 1941)
Suite dans le style ancien (transcription pour alto d’Nils Thore Røsth)*
Eivind Holtsmark Ringstad (alto), Orchestre Philharmonique d’Oslo, Joshua Weilerstein et Arvid Engegård*(direction)
2017-DDD-41’36- Textes de présentation en norvégien et anglais- Lawo LWC 1133

S’il y a un compositeur qu’on n’entend pratiquement plus sur nos scènes, c’est bien William Walton, et c’est vraiment immérité. Sa musique est invariablement intéressante, et les trois concertos qu’il a laissés méritent certainement de figurer à l’affiche, à commencer par le brillant concerto pour violon écrit pour Heifetz. Mais le plus beau des trois (celui pour violoncelle est un peu moins réussi) est bien le concerto pour alto, dont nous parvient ici une très belle version signée Eivind Holtsmark Ringstad, un tout jeune altiste norvégien né en 1994, et qui signe ici une interprétation convaincante de bout en bout. Dès l’Andante comodo introductif, ce jeune musicien convainc par une virtuosité aisée et un jeu exempt de toute crispation, sans parler d’un son d’une douceur soyeuse dans la plus belle tradition de l’école scandinave . Holtsmark Ringstad fait en plus montre d’un lyrisme calmement déployé et d’une maîtrise sans esbroufe qui se traduit par un subtil usage du vibrato comme par une réelle subtilité des inflexions mélodiques. Il est tout autant capable de faire preuve du mordant requis dans le deuxième mouvement, et, dans le vaste finale, il parvient à introduire dans son dialogue avec la flûte et la harpe qui précède la cadence une poignante touche de nostalgie, alors que la pointe de tristesse de la fin de l’oeuvre serre le coeur. Très bel accompagnement de l’Orchestre d’Oslo et du chef Joshua Weilerstein.
On bascule dans un tout autre univers avec la Suite dans le style ancien de Sinding, jadis cheval de bataille des plus grands violonistes (Heifetz en a laissé deux enregistrements éblouissants). Si la transcription pour l’instrument plus grave ôte un peu du brillant de l’original, elle lui confère une profondeur assez inattendue dans l’Adagio central qui est le coeur de l’oeuvre. Eivind Holtsmark Ringstad aborde cette Suite en vrai virtuose dans le premier mouvement vaguement vivaldien, et dans l’Adagio central ramène la musique vers Haendel tel qu’on le voyait au début du 20ème siècle, noble et profond. Le geste de l’altiste est large et intense, le vibrato généreux, le tempo mesuré, les phrases magnifiquement sculptées. De plus, aucun pathos excessif ne vient gâcher le plaisir de l’audition. Dans le Tempo giusto final, Holtsmark Ringstad -parfaitement épaulé par un chef qui joue à fond le jeu du pseudo-baroque- déploie adroitement ses talents de conteur et son autorité naturelle, notamment dans une cadence qui impressionne.
Le seul reproche qu’on fera à ce disque-carte de visite est son minutage assez chiche.
Patrice Lieberman

Son 10 - Livret 9 - Répertoire 9 - Interprétation 9

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