Un monument

par
Sanderling
Gustav MAHLER (1860 - 1911) Symphonie n° 9 Orchestre symphonique de la NDR, dir.: Kurt SANDERLING 1987/2017-DDD-79'40-Textes de présentation en allemand et anglais-Profil Günter Hänssler PH17007 Il est de ces disques dont on sent, avant même de les déposer sur la platine, qu'ils vont nous secouer au plus profond de nous-mêmes. C'est le cas avec cette version de la 9e Symphonie de Mahler menée de main de maître par Kurt Sanderling, grand spécialiste du compositeur viennois et de la 9e en particulier. En effet, à trois reprises déjà, il avait marqué de son empreinte cet Everest de la musique. En 1979, il donnait avec l'orchestre symphonique de Berlin chez Berlin Classics une vision inoubliable, grandiose, au geste ample et à l'aspect granitique hérité de Klemperer et Mravinsky dont il fut l'assistant, mais mue par une vitalité et une intensité tout à fait extraordinaires. Il n'est pas étonnant qu'elle soit parfois citée comme une des références pour cette symphonie en particulier. En 1982, à Londres cette fois, en public avec l'orchestre de la BBC, et malgré une prise de son moins flatteuse et une mise en place technique moins parfaite, il mettait le feu aux poudres, si l'on ose dire, dans une atmosphère surchargée d'électricité et d'émotion. Là aussi, il faut bien parler de référence. Enfin, il livrait à Londres, en 1992, son ultime témoignage, en compagnie du Philharmonia, un enregistrement légèrement retrait mais seulement par rapport à lui-même. Que dire alors du présent disque, capté en 1987 à Hambourg cette fois? Bis repetita placent? Oui, assurément: on est de suite pris à la gorge par la force tellurique de cet engagement total ceint dans une structure parfaitement contrôlée et le choc est à nouveau au rendez-vous. Et pourtant, chacune de ces quatre interprétations, au-delà des similitudes, se distingue davantage par ses propres particularités. Une fois encore, ce chef d'allure si austère trouve d'emblée toutes les clés de cet immense labyrinthe musical. Dans cette parution inédite, le geste est plus impérial que jamais et, en même temps, le chef allemand parvient à un équilibre et à une plénitude qu'on peut qualifier d'idéaux. C'est un aboutissement, un testament artistique, un événement, une expérience, un monument. Bien sûr, cela ne remet nullement en cause la magie des Barbirolli, Bernstein (surtout à Berlin et à Amsterdam, tous deux chez DG), Klemperer, Walter (à Vienne en 1938), Horenstein, Ancerl, Maderna, Giulini (à Chicago, DG), Mitropoulos, pour ne citer que quelques coups de coeur dont on ne voudrait se séparer pour rien au monde. Mais, avec ses quatre versions, Sanderling demeure celui qui tutoie ce chef-d'oeuvre protéiforme avec le plus d'aisance et révèle le plus ses mille et une facette. Incontournable. Bernard Postiau Son 9 - Livret 6 - Répertoire 10 - Interprétation: 10

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