Un orchestre flamboyant, un chef éteint ! 

par
Dudamel
A Genève, l’Orchestre Philharmonique de Berlin ne fait que de rares apparitions ; en vingt-cinq ans, on ne l’a applaudi, semble-t-il, que deux fois sous les baguettes de Claudio Abbado et de Simon Rattle. Et le 27 juin, c’est l’Agence Caecilia qui l’a fait revenir sous la direction de Gustavo Dudamel, le chef vénézuélien si publicisé par les multinationales discographiques.L’on sait que, en proie au surmenage, l’artiste, malade, a annulé récemment toute une série de de concerts. Le visage terne, les traits tirés, il apparaît au pupitre et s’attaque à la Troisième Symphonie en mi bémol majeur dite ‘Rhénane’ de Robert Schumann. Dès les premiers tutti du Vivace dans cette orchestration si touffue et si maladroite, il cherche à privilégier le génie de l’invention mélodique en recourant aux contrastes de phrasé, quitte à étirer les lignes. Dans une indolence molle se dessine le Scherzo en forme de ländler qui réussit toutefois à nimber le trio d’une aura poétique suggestive, irisant ensuite l’homogénéité des cordes en un Andante d’une extrême souplesse. L’unité de coloris des cuivres impressionne en un Maestoso qui procède sans lourdeur vers la grandiose péroraison en accords. Par paliers successifs à partir d’un piano suave progresse le Finale qui trouve sa brillance dans le Più vivace conclusif. Mais lorsque résonnent les derniers accords, l’on se rend compte que l’on a perçu une sonorité magnifique qui n’est pas habitée par le feu d’une interprétation vigoureuse. A la même constatation nous ramènera la seconde partie consacrée à des pages symphoniques extraites de la Tétralogie de Richard Wagner. Avec la distance émotionnelle qui vous fait regarder sur un écran géant l’un des produits tapageurs de la MGM, se déroule l’Entrée des dieux au Walhalla au terme du Rheingold. Pour deux scènes du Götterdämmerung, une inertie expressive, bien éloignée des sublimes lenteurs d’un Knappertsbusch, désarticule d’abord le Lever du jour ; puis cors et trompettes jubilatoires libèrent la lave tonitruante qui charrie le Voyage de Siegfried sur le Rhin, tandis que la Marche funèbre est privée de cette sauvagerie acérée que lui imprimait un Toscanini, même si un stringendo virulent resserre les tutti de la section médiane. Et c’est finalement dans les Murmures de la forêt de Siegfried que s’impose le soyeux des cordes dialoguant avec bois et cors aux coloris fascinants. La Chevauchée des Walkyries se nourrit de trilles ronflants pour prendre son envol, dont la trajectoire pourrait être compromise par une erreur de battue que récupère aussitôt le pupitre des souffleurs qui connaît son Wagner par cœur. En bis, la Mort d’Isolde pâtit d’une aspiration poussive à la rédemption. Et l’on sort de la salle en ayant conscience d’avoir admiré l’une des Rolls Royce de l’écurie symphonique sans un conducteur en livrée étincelante ! Paul-André Demierre Genève, Victoria Hall, 27 juin 2017

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