Un programme insolite à l’OSR

par

Valeriy Sokolov D.R.

Dans sa série ‘Symphonie’, l’Orchestre de la Suisse Romande et son chef, Jonathan Nott, proposent parfois des programmes insolites qui ouvrent de nouvelles perspectives. Ce fut le cas le jeudi 8 février avec une affiche juxtaposant Johann Strauss jr, Paganini et Richard Strauss.Dans un pianissimo rêveur prend forme un prélude lent d’où émergera l’une des grandes valses de Johann Strauss, ‘Künstlerleben’ (Vie d’artiste), datant de 1867. Elle est développée dans un tempo modéré, avec une grâce légèrement sirupeuse où affleurent quelques élans de tendresse. Intervient ensuite le violoniste ukrainien Valeriy Sokolov, interprète du Premier Concerto en ré majeur op.6 de Niccolò Paganini, présenté ici dans son intégralité. Avec une débordante énergie, le chef modèle une introduction qui a la brillance d’une aria d’’opera buffa’ ; le soliste lui répond avec un ton impérieux et une maîtrise technique hors du commun qui lui permet de négocier les sauts, les doubles cordes, les coups d’archet en staccato, amenant un cantabile pianissimo puis une invraisemblable ‘cadenza’ de près de dix minutes où l’extrême aigu est continuellement sollicité. Le bref Adagio joue du rubato pour faire naître un semblant d’émotion, alors que le Finale prend un tour pimpant en conférant sérénité à la cantilène et en utilisant les sons harmoniques imitant la clochette en guise de conclusion. A titre de bis, Valeriy Sokolov propose avec la même maestria une page pour violon seul, le ‘Recitativo et Scherzo’ de Fritz Kreisler.
Et le programme s’achève par la Suite tirée de l’une des œuvres scéniques les moins connues de Richard Strauss, le ballet ‘Schlagobers’ (Crème fouettée), qui fut créé à la Staatsoper de Vienne le 9 mai 1924 dans une mise en scène somptueuse et onéreuse comprenant… 287 costumes. Et le résultat fut un ‘four’ notoire qui suscita l’ironie du redoutable Julius Korngold écrivant : « On fouette cette crème chantilly dans un bol de luxe ». Effectivement, à découvrir les huit numéros de l’opus 70a, quelle tarte à la crème est cette musique à l’orchestration colossale et boursouflée, pétrie d’humour grotesque pour dépeindre une pâtisserie viennoise où se déroule l’action. Les mélismes de la flûte dessinent la Princesse Fleur de thé, alors que le son grêle des castagnettes annonce un Orient de pacotille en une ‘Danse du Café’ dont le violon solo et ses collègues de pupitre tirent une saveur lyrique. La ‘Valse de la crème fouettée’ patauge au sein d’effluves outrancières, tandis qu’une marche joyeuse entraîne la Princesse dans une valse pimentée d’ironie. Les petits pralinés sautillent, pendant que seconds violons et altos déversent les bonbons surprises. Les bois gouailleurs esquissent ensuite un menuet et un pas de deux débouchant sur une danse générale aux élans enivrants comme une bacchanale. Mais que retenir de cette monstrueuse bombe glacée si vite frelatée ?
Paul-André Demierre
Genève, Victoria Hall, le 8 février 2018

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