Un Roméo plus pathétique que la symphonie

par
Tchaikovski, Bychkov

Piotr Ilyich TCHAIKOVSKI
(1840 - 1893)
Symphonie n° 6 "Pathétique" - Roméo et Juliette, ouverture-fantaisie
Philharmonie tchèque dir.: Semyon BYCHKOV
2016-DDD-64' 04''- Notice en anglais, français et allemand-Decca 483 0656

Ce CD est intitulé "The Tchaikovsky project volume 1". Il s'agirait d'un cycle d'enregistrements et de concerts dédiés par Semyon Bychkov à Tchaikovski. On n'en sait pas plus, mais on suppose que ce projet englobera les six symphonies, Manfred, les poèmes symphoniques, et, peut-être, les oeuvres concertantes. Ce premier volume est magnifique quant à la prise de son, mais s'annonce moins bien quant à l'interprétation de ces deux pages archi-connues. Le premier mouvement de la symphonie, créée l'année de sa mort, presque aussi long que Roméo et Juliette, démarre de manière indifférente. Bychkov ne rend absolument pas le climat sourd, et lugubre par lequel débute cet ultime chef-d'oeuvre. Où reste la hantise tragique qui sous-tend tout le morceau ? La valse, bien enlevée, s'avère sérieuse. A propos de l'"allegro molto vivace", André Lischke évoque "l'être de feu qui laisse éclater pour la dernière fois sa prodigieuse charge de verve et de vitalité". On la cherche un peu, ici. Si le crescendo est bien amené, sans doute, l'émotion est absente, et les rythmes scandés dominent, limite vulgaires. Bychkov ne rend pas non plus justice au caractère exceptionnel de l'"adagio lamentoso" final. Il y a bien certains élans, mais ils retombent vite. L'appel déchirant des cordes n'est nullement ressenti, on n'y croit pas, on reste sur sa faim : le chef passe à côté du lyrisme éperdu de cette page célèbre. Heureusement, Roméo et Juliette s'en sort beaucoup mieux. Antérieur à la symphonie, ce poème symphonique date de 1870, et a depuis toujours été considéré comme la plus grande réussite du compositeur dans le domaine. Bychkov se ressaisit, semble retrouver une vigueur nouvelle, et donne une belle lecture, sinon magistrale. Sa baguette nerveuse fouette les moments dramatiques et charme dans les nombreuses effusions sentimentales. Tout le parcours théâtral des amants de Vérone est bien illustré, sans oublier la couleur parfois quasi impressionniste de cette partition-phare de Tchaikovski. Voilà donc une parution bancale, à propos de laquelle on peut se demander comment il est possible de réussir une oeuvre et de rater l'autre. Espérons mieux pour la suite du projet.
Bruno Peeters

Son 10 - Livret 7 - Répertoire 10 - Interprétation 8

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