Un Tchaikovski bien boursouflé

par
gergiev

Une fois de plus, dans le cadre de sa série de concerts symphoniques, le Service Culturel Migros reçoit Valery Gergiev à la tête de l’Orchestre du Théâtre Marinsky de Saint-Pétersbourg. Et le programme est composé de deux des symphonies de Tchaikovski.

La Deuxième en ut mineur op.17 dite ‘Petite-Russienne’ comporte deux versions, une première datant de l’automne 1872, une seconde, de la fin d’année 1879. Et c’est cette mouture révisée que choisit Valery Gergiev. L’Andante sostenuto initial est abordé avec une extrême lenteur pour s’envelopper d’une mélancolie pesante que qu’embraseront peu à peu les violons. D’un geste papillotant qui n’a que rarement un premier temps, le chef enchaîne avec l’Allegro commodo en sollicitant le lyrisme sous de saillantes arêtes ; mais les bois, de bonne qualité, doivent lutter contre un arsenal de cordes démesuré. Sur un ostinato de timbales en pianissimo, l’Andantino marziale a meilleur aspect sous un pizzicato angoissé, ce que l’on peut dire aussi du Scherzo, tiré au cordeau, s’assouplissant dans le trio par l’entremise du piccolo et des flûtes. Après un énoncé solennel, le Finale est un vivacissimo virevoltant sous de violentes lumières que tamiseront les élans chaloupés du motif médian.
La Cinquième en mi mineur op.64 fait valoir, en premier lieu, la qualité des clarinettes et bassons dont le cantabile prend corps graduellement jusqu’à l’Allegro con anima dont le développement surprend par l’emploi systématique d’un ritenuto sur chaque motif, ce qui finit par déséquilibrer l’ensemble du mouvement. Beaucoup plus convaincant se révèlera l’Andante cantabile, brossé sur une toile de fond neutre ; s’en détache un cor solo absolument admirable amenant au recueillement méditatif dont le désarroi sous-jacent est suggéré par le fil ténu des deux clarinettes. Même si la battue d’attaque a toujours été le talon d’Achille du maestro, la Valse bénéficie de l’extrême rigueur d’exécution des cordes, tandis que le Finale progresse selon une scansion rythmique qui tourne à la véhémence dans un Allegro vivace aux accents péremptoires aboutissant à une coda aussi tonitruante que la malheureuse Danse russe de Casse-Noisette livrée en bis.                                                Paul-André Demierre
Genève, Victoria Hall, le 7 mai 2018

Vos commentaires

Vous devriez utiliser le HTML:
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>