Un Tchaikovsky bien timide

par
Yoo
Piotr Ilyich TCHAIKOVSKY (1840 - 1893) Concerto pour violon et orchestre, op. 35 - Le Lac des Cygnes, op. 20 : Pas de deux, Danse russe - Sérénade mélancolique, op. 26 - Valse-scherzo, op. 34 - Mélodie, op. 42 (orchestration de Glazounov) Esther Yoo (violon), Philharmonia Orchestra, dir.: Vladimir Ashkenazy 2017 - DDD- 67’19- Textes de présentation en anglais, allemand, français et coréen-DG 481 5032 Née en 1994, la violoniste américaine d’origine coréenne Esther Yoo, qui a passé une bonne part de sa (jeune) vie en Belgique où elle se forme -après avoir été l’élève d’Ana Chumachenco à Munich- auprès d’Augustin Dumay à la Chapelle musicale Reine Elisabeth et obtint en 2012 le quatrième prix du Concours Reine Elisabeth, signe déjà son deuxième enregistrement pour DG. Après les concertos de Sibelius et Glazounov, elle nous offre à présent une anthologie de l’oeuvre pour violon et orchestre de Tchaikovsky. Elle aborde le célébrissime Concerto en ré majeur avec beaucoup de finesse et de lyrisme, ainsi qu’un goût irréprochable et ne recherche à aucun moment l’effet. Cette façon de mettre l’accent sur le côté poétique plutôt que virtuose de l’oeuvre rappelle l’interprétation autrement plus réussie d’Arthur Grumiaux dans son enregistrement avec Jan Krenz (Pentatone). Là où le violoniste belge subjuguait par sa retenue aristocratique et sa sonorité enchanteresse, Yoo paraît bien sage voire fade. La cadence du premier mouvement est simplement équilibrée plutôt qu’enthousiasmante, et on ne cesse d’espérer entendre de sa part quelque chose qui toucherait et impliquerait l’auditeur davantage. La Canzonetta, jouée avec beaucoup de pudeur, chante joliment et comporte quelques beaux moments mais ne creuse pas très profond. Le Finale s’anime enfin, même si Yoo n’est pas à l’abri de trop nombreuses petites chutes de tension, en dépit d’un chef et d’un orchestre qui font vraiment de leur mieux pour insuffler de la vie dans la musique. On dira qu’il s’agit d’une interprétation correcte et bien élevée mais qui n’apporte rien à une discographie déjà pléthorique. Paradoxalement, Esther Yoo paraît bien plus à son aise dans les autres morceaux qui complètent le disque, à commencer par les deux extraits du Lac des Cygnes et leur importante partie de violon solo. Le "Pas de deux" est joué avec beaucoup de charme alors que la "Danse russe" est fine et spirituelle. Dans la Sérénade mélancolique, Yoo se montre rêveuse et délicate et la Valse-Scherzo est rendue avec avec autant de charme que d’élégance, ainsi qu’une pointe de retenue tout à fait bienvenue. Quant à la "Mélodie" (extraite de Souvenir d’un lieu cher, qui comporte deux autres parties dont la version originale du mouvement lent du Concerto), Esther Yoo en donne une interprétation touchante et heureusement exempte de tout sentimentalisme larmoyant. Patrice Lieberman Son 10 - Livret 9 - Répertoire 8 - Interprétation 7 (Concerto)/8 (autres oeuvres)

Vos commentaires

Vous devriez utiliser le HTML:
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>