Une Belle au Bois Dormant historiciste à la Bastille

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© Ula Blocksage / Opéra national de Paris

A la suite de la venue du New York City Ballet au Châtelet en juillet dernier, l’Opéra de Paris invite l’American Ballet Theatre pour dix représentations de La Belle au Bois Dormant. La production date de mars 2015 et a été conçue par le chorégraphe en résidence Alexei Ratmansky qui se proposait de remonter l’ouvrage tel qu’il avait été créé au Théâtre Marinsky de Saint-Pétersbourg le 3 janvier 1890. Ô combien délicate en est la réalisation pour un art rarement transmis par écrit, même si, en l’occurrence, existe un système de notation du mouvement dû à Vladimir Stepanov ; et la correspondance entre Marius Petipa, le librettiste-concepteur de l’œuvre, et Tchaikovsky est un autre moyen pour approcher l’original. Richard Hudson recréée les décors et costumes que Léon Bakst avait élaborés à Londres pour les Ballets Russes de Serge de Diaghilev en 1921 : en de somptueuses salles de palais à hautes colonnes tributaires de l’esthétique des Galli-Bibiena, fourmillent les personnages d’un conte d’enfants arborant de chatoyantes tenues. Et c’est pour cette conception historique que le spectacle mérite d’être apprécié. Où le bât blesse en premier lieu se situe au niveau de l’exécution musicale. La compagnie newyorkaise a certainement imposé trois de ses chefs d’orchestre ; pour avoir entendu Ormsby Wilkins et David LaMarche, je dois relever que rarement l’Orchestre de l’Opéra national de Paris a joué aussi mal pour des batteurs de mesure qui transforment l’orchestration si inventive du musicien en une fanfare de sous-préfecture. Sur scène, en deux soirs, la distribution change totalement à l’exception de la savoureuse Nancy Raffa qui rapproche Carabosse de la Sorcière de Blanche-Neige version Walt Disney. En Princesse Aurore, Isabella Boylston a une indéniable maîtrise technique sans posséder l’aura d’une Zakharova lors de son entrée en scène si redoutée ; néanmoins, elle négocie adroitement l’adagio de la rose face au quatuor des prétendants (Calvin Royal III, Gray Davis, Craig Salstein et Duncan Lyle) et surclasse sans peine la Coréenne Hee-Seo qui ne dégage rien lors de la soirée du lendemain. Le Prince Désiré du jeune Joseph Gorak évince par son brio le chevronné Marcelo Gomes qui n’est plus que raideur. Il faut cependant mentionner plusieurs premiers plans comme Veronika Part (la Fée des lilas), Catherine Hurlin (la Chatte blanche), Jeffrey Cirio (l’Oiseau bleu), Sarah Lane (la Princesse Florine), tandis que le Catalabutte d’Alexei Agourdine rivalise de drôlerie avec celui de Keith Roberts. Finalement, l’ensemble de la compagnie affiche un niveau assez moyen face à un public parisien habitué depuis avril 1989 à la production de Rudolf Nureyev qui atteint à une tout autre perfection. Paul-André Demierre Paris, Opéra Bastille, les 7 et 8 septembre 2016

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