Une belle production, et pas uniquement pour Leo Nucci

par

Leo Nucci © Lorraine Wauters / Opéra Royal de Wallonie

Nabucco reste une oeuvre passionnante. Troisième opéra de Verdi (1842), elle inaugure avec fracas une nouvelle ère de l'opéra italien, celle du chant ample et dramatique, de la force de l'expression, de la puissance des choeurs et de l'orchestre. Pressé par le temps, Verdi se lancera dans la série des opéras qu'il appela "les années de galère" dont seuls ce Nabucco et Macbeth sont demeurés au répertoire. Un couple père-fille le domine (déjà !) : qui de Nabucco ou d'Abigaïlle gardera la couronne de Babylone ? Cet affrontement, sur fond de détresse du peuple hébreux asservi, assure la grandeur de l'oeuvre qui - faut-il le rappeler - contient une des pages les plus célèbres de son auteur, le fameux choeur des esclaves : "Va pensiero, sull'adorate." Alors, quand l'Opéra Royal de Wallonie tient sous la main le plus prestigieux des titulaires du rôle, Leo Nucci, l'événement liégeois est à marquer d'une pierre blanche. Le public, très nombreux, qui avait déjà eu l'occasion de l'applaudir ici-même, dans un autre rôle-fétiche, Rigoletto, en 2015, lui fit la fête, bien entendu. A 74 ans, le baryton n'a peut-être plus tout à fait la puissance exigée, mais le grain de la voix, l'expression tragique et le merveilleux sens du phrasé restent uniques. La chanteuse argentine Virginia Tola incarnait Abigaïlle, sa fille vénéneuse. Est-elle vraiment cette soprano dramatique d'agilité voulue par Verdi dans l'un des rôles les plus meurtriers du répertoire ? Non, sans doute : vocalement, il y avait à redire. Mais quel tempérament ! Il suffisait qu'elle entre en scène, et la tension montait d'un cran ! Comme Lady Macbeth, Abigaïlle demande une actrice formidable : Virginia Tola l'était, magnifique ! Jolie silhouette amoureuse, l'autre fille du roi, Fenena (Na'ama Goldman), ne se voit pas confier d'airs,  mais domine aisément les ensembles auxquels elle participe. On ne peut pas en dire autant du ténor Giulio Pellegra, Ismaele plutot inconsistant. Reste le Zaccaria d'Orlin Anastassov, empathique sans doute, mais vocalement insuffisant pour ce magnifique et terrible rôle de basse. Pour sa dernière saison à l'Opéra Royal de Wallonie, Paolo Arrivabeni a galvanisé son orchestre, qui a livré une prestation fantastique, très applaudie par ailleurs. Bravo aussi à Pierre Iodice et à ses choeurs, essentiels dans cet opéra, qui ont vécu, de merveilleuse façon, la douleur du peuple hébreu. Il ne reste pas grand-chose à dire de la mise en scène du maître des lieux, qui s'est confondue avec la direction des acteurs. Nucci, roi arrogant puis fou, roulant des yeux hagards, tel ce Lear que Verdi ne composa jamais. Et Tola, altière reine rousse à l'ambition dévorante. Les costumes et décors, corrects, illustraient l'épopée biblique. Un interprète exceptionnel, plusieurs chanteurs remarquables, des choeurs et un orchestre chauffés à blanc : un très bel après-midi verdien !
Bruno Peeters
Liège, Opéra Royal de Wallonie, le 23 octobre 2016

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