Une compilation des multiples facettes du violoncelle polonais

par
Violoncelle polonais

Œuvres de Chopin, Lutosławski, Ptaszyńska, Meyer, Krzanowski, Jabłoński, Różycki
Roman Jabłoński (violoncelle), Krystyna Borucińska (piano)
2017–DDD-75’57–Textes de présentation en anglais et en polonais–DUX 1304

Roman Jabłoński et Krystyna Borucińska, deux artistes chevronnés polonais, nous donnent un aperçu des différents courants musicaux passés et contemporains qui ont traversé la musique de leur pays - du romantisme de Chopin à la modernité sérielle de Lutosławski en passant par le post-romantisme de Różycki.
Plusieurs œuvres clés du répertoire du violoncelle au 20ème siècle proviennent de compositeurs polonais – le Concerto pour violoncelle de Lutosławski et de nombreuses œuvres de Penderecki viennent en tête. Même si on pourrait être surpris par l’absence de ce dernier sur cet album, c’est néanmoins une belle opportunité de découvrir quelques compositeurs du paysage musical polonais moins connus du grand public. Parmi les œuvres qui se démarquent du reste, on retiendra Moon Flowers, œuvre fort convaincante écrite par la compositrice-percussionniste Marta Ptaszyńska en 1986, inspirée par l’art symboliste du peintre français Odilon Redon. Les 6 Caprices de Henryk Hubertus Jabłoński (violoncelliste lui-même, père de Roman Jabłoński, interprète sur ce CD), rappelant l’écriture de Bartók, Britten et Walton, sont vifs, impressionnants et très inventifs ! C’est dommage qu’ils ne soient pas édités (du moins, à ma connaissance) !
Roman Jabłoński a beaucoup travaillé avec Witold Lutosławski au cours de sa carrière et a notamment créé son œuvre pour violoncelle et piano Grave à Varsovie – série de métamorphoses prenant le motif de la forêt de l’opéra Pelléas et Mélisande de Debussy comme point de départ. La Variation Sacher prend comme base le "nom" de Paul S-A-C-H-E-R : mi-bémol, la, do, si, mi, ré). On entend clairement l’expérience du duo dans la totalité de ce répertoire contemporain exigeant. Justesse impeccable, articulations soignées et cohérentes entre les deux instruments, travail d’ensemble irréprochable. Malheureusement, on ne pourrait pas dire de même sur la dernière œuvre du CD, une transcription de la Nocturne en Fa dièse mineur pour violon et piano du compositeur et chef d’orchestre de la première moitié du XXème siècle Ludomir Rózycki. Le son général ainsi que le vibrato du violoncelle n’est plus aussi voluptueux qu’auparavant, la justesse souffre légèrement lors des passages les plus passionnés et le phrasé des deux instruments n’est plus aussi irréprochable. Cependant, la pièce est charmante – la musique de Rózycki, de veine post-romantique, proche du langage de Rachmaninov et de Scriabin jeune, est rafraîchissante et mérite d’être programmée plus souvent !
Aucune note explicative n’est fournie sur les œuvres. Pour la sonate de Chopin, cela n’aurait pas été nécessaire, la pièce étant tellement connue, mais pour les autres œuvres de compositeurs plutôt inconnus, ce manque d’information est quelque peu frustrant. De plus, le livret affirme faussement que les artistes ont été soit les dédicataires, soit les premiers à jouer toutes les œuvres au programme (hormis celle de Chopin et Rózycki) – information trompeuse, puisque la Variation Sacher pour violoncelle seul de Lutosławski, composée en 1975, avait été commandée et créée par Rostropovitch pour les soixante-dix ans de Paul Sacher, dédicataire de l’œuvre. Finalement, une dernière déception survient quand on écoute le CD dans son entièreté – le label a compilé 5 différents enregistrements provenant de 1977, des années 80, de 2009 et 2016 - la cohérence des prises de son est perdue.
Pierre Fontenelle, Reporter de l’IMEP

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