Une ‘Fille mal gardée’ bien conservée

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Pour la soixante-et-unième fois, le Ballet de l’Opéra reprend La Fille mal gardée dans la version que Frederick Ashton avait conçue pour le Royal Ballet en 1960 et qui est entrée au répertoire de la compagnie parisienne le 22 juin 2007. En se basant tant sur l’œuvre originale, Le ballet de la paille de Jean Dauberval datant de juillet 1789 que sur la révision de Jean-Pierre Aumer élaborée en 1828, il utilise la seconde partition réalisée par Louis-Ferdinand Hérold qui, selon les usages de l’époque, est truffée de citations d’ouvrages lyriques célèbres : ainsi y trouvons-nous nombre de pages de Rossini, l’Introduzione « Piano, pianissimo, senza parlar » du Barbiere di Siviglia, le Finale « Bell’alme generose » de l’ Elisabetta, regina d’Inghliterra, l’orage de La Cenerentola et même la Cavatina de Dulcamara dans L’Elisir d’amore de Donizetti. Et Philip Ellis, chef spécialisé dans les ouvrages chorégraphiques, à la tête de l’Orchestre de l’Opéra national de Paris, rend pleinement justice à cette mouture élaborée à l’époque par John Lanchbery. Les décors et costumes d’Osbert Lancaster constituent un cadre pastoral attendrissant où un coq et quatre poules à échelle humaine côtoient les gens de ferme et les moissonneurs ; le jeune métayer Colas est épris de Lise qui partage son amour ; mais Simone, la mère de l’ingénue, voudrait la marier à ce grand dadais d’Alain, le fils du riche Thomas. Lors de la signature du contrat, les deux amoureux se tapissent dans une chambre ; et le pot aux roses sera découvert. La veuve, dépitée, finira par accorder la main de sa fille à son soupirant, éperdu de bonheur.
Et c’est bien ce qu’exprime magistralement François Alu, époustouflant Colas qui enchaîne, sourire aux lèvres, pirouettes, bonds en cascades et sauts avec une stupéfiante désinvolture. Alice Renavand ne lui cède en rien avec une Lise boudant comme une enfant gâtée face aux remontrances maternelles mais jouant de coquetterie avec un long ruban rose dont elle saura enlacer celui qu’elle aime, le tout grâce à une maîtrise technique aguerrie au cours de nombreuses saisons. Selon l’usage de l’époque, le rôle de la Mère Simone est campé par un danseur, Simon Valastro en l’occurrence, d’une rare cocasserie dans la danse aux sabots, la scène de barattage ou celle du filage de la laine où elle finit par s’endormir. Tout aussi comique se révèle l’Alain d’Allister Madin, pantin gauche à califourchon sur son parapluie, en proie à la risée des jeunes paysans et morigéné par un père tyrannique personnifié par Alexis Renaud. Magistral dans ses quelques apparitions, le Danseur à la flûte d’Axel Magliano, inénarrables, le quintette de la basse-cour composé de Léo de Busserolles (le coq), Bleuenn Battistoni, Adèle Belem, Hohyun Kang et Nine Seropian (les poules), ainsi que le duo Erwan Le Roux et Milo Avêque (le Notaire et son Clerc). Et l’ensemble du Corps de ballet, préparé par Christopher Carr, prête une bonhommie sympathique et une fraîcheur minutieusement calculée à cette production qui enchante son public.
Paul-André Demierre
Paris, Palais Garnier, première du 25 juin 2018

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