Une grande héroïne du chant italien

par
Fedora

Umberto GIORDANO
(1867 - 1948)
FEDORA
Daniela DESSI, Fedora, Fabio ARMILIATO, Loris, Alfonso ANTONIOZZI, De Siriex, Daria KOVALENKO, Olga, Margherita ROTONDI, Dimitri, Manuel PIERATTELLI, Désiré, Alessandro FANTONI, Baron Rouvel, Luigi RONI, Cirillo, Claudio OTTINO, Boroff, Roberto MAIETTA, Gretch, Davide MURA, Lorek, Sirio RESTANI, Lazinski, Sebastaino CARBONE, un paysan Valerio GALLI, dir.
Rosetta CUCCHI, mise en scène
ORCHESTRA and CHORUS TEATRO CARLO FELICE, dir.: Valerio GALLI, Mise en scène Rosetta CUCCHI
DVD - mars 2015- 16:9- NTSC- Dolby Digital 5.1-PCM 2.0 - notes en italien et anglais- sous-titres italien, anglais, allemand- coréen-japonais-Dynamic 37772
CD- 2 CD- CD1 67'27-CD2 34'07-DDD- livret en italien et anglais-chanté en italien- Dynamic CDS7772.02Créée deux ans après Andréa Chénier (de 1896) qui s'agrippe aux basques de Giordano, Fedora rencontra (presque) autant de succès. A travers ces enregistrements CD et DVD, elle se révèle plus complexe et fascinante que la réputation qui lui est attachée. Pour au moins trois raisons : son romanesque hugolien sombre et fertile en rebondissements, son italianité et, surtout, le témoignage posthume qu'elle transmet de l'admirable cantatrice que fut, il y a si peu de temps encore, Daniela Dessi. L'intrigue tourmentée de Victorien Sardou transcendée au théâtre par Sarah Bernard qui fit de cette incarnation de grande amoureuse ‒ à la fois angélique et machiavélique ‒ l'un de ses plus retentissants triomphes, forme un mélange détonnant avec le dynamisme coloré, sans arrière-pensées, de la musique. Cette mixture, au sens instrumental, lui prête son charme singulier. Car l’œuvre se distingue, en fait, des courants réalistes et véristes auxquels on l'identifie généralement (en dépit de quelques sanglots appuyés). Elle ne cherche en rien à copier le réel mais illumine de sa vigueur latine ce romantisme tardif. On comprend pourquoi tant d' illustres interprètes ‒ de Magda Oliveiro à Renata Tebaldi, Mirella Freni ou Angela Gheorghiu ‒ se sont emparées d'un rôle qui leur permet de mettre en valeur toutes les facettes de leur art et de leur tempérament. Malheureusement la mise en scène de Rosetta Cucchi, peu novatrice et très statique, pétrifie l'action. Manquant d'allant, de vérité explosive elle n'enflamme ni les mouvements de foule, ni les premiers rôles souvent assis à côté d'une table, d'un fauteuil. Tout y est timide. Comme la direction d'orchestre qui reste ''à distance'' de cette musique généreuse et belle. Les décors sont à l'image des costumes, d'une banalité sinistre et conventionnelle. Seule vêtue de mousseline turquoise, folâtre et légère dans le rôle d'Olga, Daria Kovalenko échappe au rouge et noir de rigueur. La distribution vocale dans son ensemble fait honneur à l’opéra de Giordano. Et la scène finale (mort de Fedora dans les bras de Loris / Fabio Armiliato, son mari à la ville) atteint au sublime redoublé par l'émotion puisque l'on sait que Daniela Dessi devait brusquement quitter ce monde quelque temps plus tard. Son timbre velouté, charnu et lumineux, son émission souple et puissante, un legato porté par un souffle inépuisable, son art de phraser l' italien s'y déploient pleinement. Sa voix épouse tour à tour l'opulence ou le dénuement d' une orchestration fluide, imagée (évocation savoureuse de la Suisse alpestre !). Cette admirable interprète séduit, émeut et « enchante » ‒ au sens premier du terme ‒ de toute sa vérité intérieure.
Bénédicte Palaux Simonnet

Son 7 - Livret 7 - Répertoire 7 - Interprétation 7

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