Une leçon de vie d’un père spirituel

par
Les Dissonances

Dmitri CHOSTAKOVITCH
(1906 - 1975)
Concerto pour violoncelle et orchestre n°1 en mi bémol majeur Op. 107 – Symphonie n°5 en ré mineur Op. 47
Les Dissonances, David Grimal – Xavier Phillips, violoncelle
2016-DDD-78’-Textes de présentation en français, anglais et allemand-Dissonances Records-LD009 

Les Dissonances ont 10 ans ! Et pour fêter dignement cet anniversaire, l’ensemble à géométrie variable sans chef de David Grimal s’attaque à deux sommets de la littérature musicale. Avec Chostakovitch, les artistes se lancent un défi, un pari osé qui, sur le papier, ont de quoi impressionner. Avec la Symphonie n°5 que le compositeur dessine à une période marquée par le joug du régime stalinien, on s’attend à une mise en place imparfaite, une balance peu idéale et des changements de tempi/transitions qui ne fonctionnent pas puisque l’orchestre joue sans baguette. Sans tergiverser, il convient de dire que Les Dissonances s’affranchissent de manière remarquable de ces difficultés en offrant à l’auditeur une lecture qui, à plusieurs reprises, donne l’impression d’une meilleure performance sans chef. Tout est question d’écoute ici. Ecoutez un instant la mise en place parfaite des cordes -souvent au premier plan dans cette œuvre, la cohésion et la sensation qu’ils ne font qu’un, chose rare de nos jours, sans oublier les vents qui interagissent en permanence et ce dans le plus grand souci d’homogénéité. Aussi, le choix des tempi, des couleurs et des dynamiques est à souligner. Quel que soit le tempo (lent ou rapide), il y a de la part des Dissonances la volonté d’un respect total pour le texte, ne laissant rien au hasard et n’effaçant à aucun moment le moindre détail, démontrant ainsi un travail d’équipe efficace qui est aussi sans doute le fruit d’un travail individuel conséquent sur la partition. L’angoisse palpable tisse les toiles d’un Largo à couper le souffle, ouvrant après la coloration magique de fa# Majeur (totalement inattendue ici) un Finale enlevé, dynamique et optimiste.
Pour le Concerto n°1 pour violoncelle, l’ensemble peut compter sur l’expertise de Xavier Phillips qui en offre une lecture passionnante. Grâce à l’hommage rendu par l’artiste sous la forme d’un texte, on apprend à mieux connaître la relation entre le maître Rostropovitch -ami fidèle du compositeur et dédicataire des deux concertos- et l’élève qui souligne à plusieurs reprises l’importance de l’écoute et de la curiosité musicale. Un hommage vibrant que les artistes subliment ici en musique. Le soliste, à l’épicentre de l’orchestre, lui insuffle une énergie et une direction qui les emmènent loin dans la recherche sonore et instrumentale. Un soliste qui a réfléchi aux dynamiques et tempi, offrant dès lors une lecture d’une infinie justesse.
Terminons avec quelques mots de Xavier Phillips : « Un cours avec lui était drôle et ludique. Jamais rien d’ennuyeux, de compliqué, de laborieux. Toujours une leçon de vie. Lorsque je sortais de chez lui, je regardais les marronniers, les feuilles, les rues, les voitures qui passaient d’une façon différente, avec gourmandise. Il pouvait faire un temps épouvantable, il avait mis des couleurs dans mon regard ».
Ayrton Desimpelaere

Son 10 – Livret 10 – Répertoire 9 – Interprétation 10

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