Une soirée sous le signe de la femme

par

Louise Farrenc (1804 - 1875)

Un des pôles majeurs de la vie musicale luxembourgeoise, l'Ensemble "Solistes Européens" (SEL) rassemble des musiciens originaires des meilleurs orchestres du vieux continent qui, depuis plus de vingt ans se réunissent régulièrement à Luxembourg pour des répétitions, des concerts et des enregistrements, et qui régulièrement aussi partent en tournées. Lundi dernier, il investissait le Grand Auditorium de la Philharmonie pour un concert placé sous le signe de la femme : les compositrices Tatsiana Zelianka (° 1980), Louise Farrenc (1804-1875) et la soliste Elisabeth Leonskaja. La soirée commençait par la création mondiale de Sonata delle Farfalle de Tatsiana Zelianko, une oeuvre commandée par le Ministère de la Culture. Mais qui est Tatsiana Zelianko ? Originaire de Biélorussie, elle a effectué sa formation de pianiste et de chambriste à l'Académie de Musique de Minsk. En 2008, elle s'installe au Luxembourg où elle suit les classes d'écriture et, en 2015, elle remporte le premier prix dans la section Senior au Concours International de composition "Artistes en Herbes" au Luxembourg et obtient le statut gouvernemental d'artiste. La Sonata della Farfalle pour orchestre de chambre est une reviviscence : "une métempsychose musicale en battements d'ailes évoluant du dernier jour tranquille du papillon qui en a fini de virevolter à l'émanation allègre et vivifiante de sa renaissance. De l'aube du trépas à son émancipation." L'oeuvre est en quatre mouvements dont le premier nous conduit, sur un ton grave mais serein, du calme au chaos. Le renaissance se décline dans l'esprit d'un Scherzo pour le deuxième mouvement tandis que le troisième se déroule en temps lisse, promesse du futur qui clôturera cette pièce de quelque vingt minutes en divers ostinatos menés sur un grand crescendo. Un joli moment qui ne manque pas de fraîcheur. 
Je parlais de "signe de la femme" et, avec Louise Farrenc, nous touchons au "féminisme" lorsque le texte du programme nous apprend que Louise Dumont, épouse Farrenc, professeur de piano au conservatoire de Paris de1842 à 1872 finira par obtenir le même salaire que celui de ses collègues masculins ! Toutefois, la pianiste est également compositrice à qui l'on doit des symphonies, des oeuvres vocales, des pièces pour piano et de la musique de chambre. Nous avions l'occasion d'écouter ce soir sa 1ère Symphonie en ut mineur op. 32 qui fut créée à Bruxelles en 1841 et sembla avoir comblé la critique : "L'oeuvre de Madame Farrenc dénote du caractère, de la hardiesse et de la chaleur, et les masses instrumentales y sont mises en mouvement avec une entente remarquable des effets." Son talent semble également avoir ému Berlioz et le couple Schumann. Par l'introduction lente suivie de l'Allegro, on situe la compositrice dans la lignée de Haydn, et puis s'y déroulent des accents mendelssohniens avec ses belles veines mélodiques confiés à différents chefs de pupitres, un pétillant Scherzo et son Trio conduisant à un allegro vivace avec de beaux solos de clarinette en dialogue avec le violoncelle et des formules cadentielles incisives. On pourrait toutefois reprocher ici quelques longueurs. 
La partie concertante était réservée à la deuxième partie de la soirée avec, en soliste, la Grande Dame du Piano en la personne d'Elisabeth Leonskaja dans le 2e Concerto de Beethoven. Mais que se passe-t-il ? Même chez les plus grands, il y a des "jours sans". La pianiste ne semble pas à l'aise avec l'instrument, les traits rapides ne sortent pas comme nous avons coutume de les entendre sous les doigts de la pianiste, les entrées à l'orchestre sont peu précises et l'ensemble manque d'articulation et de raffinement. La mayonnaise ne prend pas. Mais le public est conquis. En bis, lors de la reprise du Rondo final rustique à souhait, la pianiste semble beaucoup plus à son affaire... et l'orchestre tout autant. Bernadette Beyne
Luxembourg, la Philharmonie, le 13 novembre 2017

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