Une somme pour Mahler, et pour Haitink

par
Mahler Haitink

Gustav MAHLER
(1860 - 1911)
Symphonie n° 3
Gerhild Romberger (mezzo-soprano), Augsburger Domsingknaben, Frauenchor des Bayerischen Rundfunks, Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks, dir.: Bernard HAITINK
2017- Live - 2 CD 35' 49'' et 65' 39''-notice en allemand et en anglais-livret en allemand-chanté en allemand-BR Klassik 900149

Achevée en 1896, créée en partie en 1897 et en intégrale en 1902, la troisième symphonie de Mahler est la plus longue des neuf, la plus heureuse peut-être.  Certainement l'une des plus romantiques, sacrifiant au culte de la Nature de manière éperdue. Le très long premier mouvement (35' 49'' !) évoque l'arrivée de l'été, sous l'égide de Pan et de Bacchus. Chacun des cinq mouvements suivants décrit ce que racontent à l'auteur ravi les fleurs des champs, les animaux de la forêt, l'Homme, les cloches du matin, et, enfin, l'Amour. Malgré sa durée, et son imposant effectif, sans compter la soliste et les choeurs qui n'interviennent que brièvement, l'oeuvre est souvent jouée, et il en existe presque une centaine d'enregistrements (!). Le très illustre et vénéré Bernard Haitink en a publié cinq, dès 1966 :  la première avec le Concertgebouw, deux fois avec Berlin, une fois avec Chicago, et enfin cette dernière, avec un autre orchestre fabuleux : celui de la Radio bavaroise. Il y consacre toute son expérience, et sa connaissance intime de Mahler. Autant dire que cette (ultime ?) version peut être considérée comme un aboutissement. Bien aidé par une prise de son éclatante mais non spectaculaire (Philharmonie am Gasteig), il relie parfaitement les nombreux événements successifs du "Kräftig" initial en évitant la fragmentation, grand danger de cette page éprouvante. Un léger essoufflement à 30' disparaît vite au retour de la petite marche. Le "Tempo di minuetto" est idéal, clair, précis, avec juste ce qu'il faut de charme et d'abandon. On peut en dire autant du "Comodo", aux tempi allants, et qui offre un bonheur simple et insouciant. Soulignons la virtuosité des vents (flûtes, clarinettes). C'est ici qu'intervient le solo de cor de postillon (Martin Angerer). Le lied nietzschéen "O Mensch ! Gib Acht !", pris très lent, interrompu par les petites plaintes lointaines du hautbois, sonne comme une triste contemplation. Sans posséder les timbres de velours de Maureen Forrester ou de Jard van Nes, Gerhild Romberger se montre très attentive à la beauté du son. Haitink installe un climat désolé qui anticipe curieusement sur celui de... la troisième symphonie de Gorecki. Après les 4'26'' du mouvement choral, finement exécuté, suit l'exaltant "Langsam" final, l'une des plus hautes inspirations de Mahler. Le chef néerlandais l'aborde lentement, comme avec un infini respect. Ecoutez par exemple l'entrée du thème de flûte à 8'28'', d'une douceur incomparable. Serait-ce cela "ce que me conte l'Amour" ? On suit le compositeur sans peine et avec admiration, jusqu'à la longue et impressionnante apothéose, martelée par les timbales. Une très grande version.
Bruno Peeters

Son 10 - Livret 8 - Répertoire 10 - Interprétation 10

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