Une symphonie de poèmes noirs

par
Currentzis
Dimitri CHOSTAKOVITCH (1906 - 1975) Symphonie n° 14 op. 135 Julia KORPACHEVA (soprano), Peter MIGUNOV (basse), MusicAeterna (Orchestre de chambre de l’opéra de Novosibirsk), dir. : Teodor CURRENTZIS DDD–2017–52’ 21’’–Textes de présentation en français, anglais et allemand–Alpha Classics 378 Sa Symphonie n° 14, Dimitri Chostakovitch l’a achevée en 1969, à une époque de sa vie, où il n’hésitait pas à dire à ses proches qu’il était, selon ses propres termes, un « compositeur très terne et très médiocre ». L’œuvre s’en ressent : elle est sombre, ténébreuse, abyssale, et reflète sans la moindre équivoque le profond pessimisme dans lequel était alors plongé Dimitri Chostakovitch. Elle se présente comme un cycle vocal pour soprano, basse, orchestre de chambre et percussions divisé en onze parties, sur des poèmes de Federico Garcia Lorca, Guillaume Apollinaire, Wilhelm Küchelbecker (un poète romantique russe, ami d’Alexandre Pouchkine) et Rainer Maria Rilke, et ce n’est certainement pas un hasard si neuf d’entre eux évoquent la mort. On a du reste pu dire que cette symphonie était un requiem profane, une sorte d’antilogie au War Requiem de Benjamin Britten, auquel elle est dédiée, le compositeur anglais ayant, lui, basé son œuvre sur la liturgie catholique. Pour Levon Akopian, qui signe le texte du livret, ce rapprochement ne fait aucun doute, quoiqu’il évoque également Le Chant de la terre de Gustav Mahler, Requiem Canticles d’Igor Stravinski, Paroles tissées de Witold Lutoslawski et Dies irae de Krzysztof Penderecki. Ce qui frappe aussi, c’est que la Symphonie n° 14 s’arcboute, dans la majorité de ses onze parties, autour d’une écriture dodécaphonique, ou du moins s’apparentant de très près au système dodécaphonique, un peu comme si Dimitri Chostakovitch avait tenu coûte que coûte à en expérimenter les subtiles composantes, après avoir écrit treize symphonies tonales, précisément à l’instar d’Igor Stravinski dans son Requiem Canticles. Le chef gréco-russe Teodor Currentzis restitue sans accroc l’atmosphère funeste et oppressante de la partition. Il lui confère au surplus une dimension lyrique, à laquelle Dimitri Chostakovitch, croit-on savoir, aurait lui-même songé en écrivant ce qu’il faut bien appeler sa symphonie de poèmes noirs. À moins qu’il n’agisse carrément d’opéra noir à deux voix, une soprano et une basse. Jean-Baptiste Baronian Son 9 – Livret 9 – Répertoire 9 – Interprétation 9

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