Une violoniste impériale, un programme audacieux

par
Isabelle Faust
Isabelle Faust et Alexander Melnikov. Par son programme, ce concert fut une réussite. Il est en effet rare d'avoir la chance d'entendre les deux sonates de Fauré en public. Y adjoindre les Mythes de Szymanowski est courageux; intercaler la sonatine de Françaix devient téméraire. Le choix de clôturer la soirée par la très méconnue 2ème sonate de George Antheil, s'il séduit l'amateur, relève toutefois de l'inconscience, tout au moins si l'on escompte faire un carton au box-office. Mais, bien sûr, la curiosité musicale, presque légendaire, d'Isabelle Faust la met loin au-delà de cette préoccupation mercantile et son incessante avidité de découverte la pousse à faire connaître des répertoires laissés dans l'ombre et à assurer la création d'oeuvres nouvelles. Les prochaines années la verront d'ailleurs faire entendre en première audition des pages de Ondrej Adamek, Marco Stroppa et Beat Furrer. Pour l'heure, cependant, le public, assez clairsemé, ne fut guère conquis par les pièces de Szymanowski. A l'entracte, je fus, de fait, surpris d'entendre plusieurs mélomanes avouer qu'ils avaient été réfrigérés et presque terrifiés par cette musique froide et empreinte d'une sorte d'horreur. Signe que l'interprétation était passée à côté du message réel de ces mélodies où d'autres ont pu magnifier toute la sensualité troublante qu'elles portent en elles? Comme souvent avec la talentueuse violoniste allemande, on est séduit par l'engagement, la plénitude sonore, la franchise. Mais on reste malgré tout sur sa faim car on attend en vain de la souplesse, de l'abandon, de la surprise, des demi teintes et tout ce qui rend Szymanowski ou Fauré si subtils et uniques. La 2ème sonate de ce dernier fut malgré tout bienvenue, sans doute parce que, écrite en 1916-1917, elle porte en elle toute l'angoisse et la colère du compositeur anéanti par le conflit mondial et génère une sorte d'héroïsme désespéré qui convient bien au tempérament de notre soliste. La sonatine de Françaix, toute d'insouciance et de légèreté, musique volontairement simple, sans autre but qu'un délicat plaisir immédiat, « passa » assez bien. Quant à la courte partition de Antheil, ses clins d'oeil au rag, au jazz, ainsi que sa drôlerie, déclenchèrent un enthousiasme sincère et mesuré de la part du public. Un concert très intéressant mais où l'émotion s'éclipsa d'emblée devant la perfection instrumentale et une tendance à tout jouer sans réelle différenciation de style. Bilan mitigé, donc. Bernard Postiau Conservatoire de Bruxelles, le 18 février 2017

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