Venise en hiver

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Il est devenu courant, ces dernières années, de proposer des reconstitutions de messes, vêpres et autres services sacrés tels qu'on aurait pu les entendre dans l'Italie du 17e siècle, en alternant des pièces extraites d'oeuvres de compositeurs contemporains et proches géographiquement. Par dessus tout, ce sont les ors de Venise qui attirent le plus les musiciens tentés par l'exercice. Ce soir, nous étions conviés à un office qui aurait pu avoir lieu dans la basilique Saint Marc vers 1645. Ce sont essentiellement quelques-unes des pages les plus spectaculaires des Selva morale e spirituale de Monteverdi qui constituèrent l'ossature du programme. De ce recueil, véritable massif protéiforme, collection improbable et impressionnante de psaumes, hymnes, pièces destinées aux divers usages liturgiques, ce sont les plus fastueux d'entre eux qui eurent la préférence, tels le Dixit Dominus à la complexité polyphonique toujours spectaculaire, le lumineux Laudate Dominum, l'exubérant Cantate Domino de 1620 ou l'imposant Magnificat, sorte de condensédu génie inépuisable du compositeur de L'Orfeo. C'est pourtant sur le célèbre choeur d'entréÈe des Vespro della Beata Vergine que s'ouvrait le concert, choeur qui sera joué une nouvelle fois en fin de soirée en guise de bis. Précédés d'une antienne, les psaumes étaient généralement suivis de partitions instrumentales: sonates de Giovanni Gabrieli, Francesco Upser et de Giovanni Battista Buonamente. L'Ènergie de Rinaldo Alessandrini fut sans faille d'un bout à l'autre de cette grande heure de musique. Cependant, on aurait aimé ressentir un peu de cette émotion qui affleure partout pourtant et que rendaient immédiatement perceptible les visions, moins abouties sur le plan musicologique sans doute, d'un Corboz, d'un Jürgens, voire d'un Harnoncourt dans ses premières années. Ici, la perfection ne fut jamais prise en défaut mais, si nous étions bien à Saint Marc, ce devait être au coeur de l'hiver. Un Concerto Italiano légèrement compassé, un RIAS Kammerchor à la diction bien trop germanique et assez raide d'expression empêchèrent cette très honorable prestation d'offrir le caractère jubilatoire qu'on espérait. Bernard Postiau Bruxelles, Palais des Beaux-Arts, le 1er octobre 2012    

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