Verve shakespearienne et tempête celtique

par
Holst
Gustav HOLST (1874 - 1934) AT THE BOAR'S HEAD, op.42 Jonathan LEMALU, Falstaff, Eric BARRY, Prince Hal, Pawel KOLODZIEJ, Poins, Ktzrysztof SZUMANSKI, Bardolf, Kathleen REVEILLE, Doll, Gary GRIFFITHS, Pistol, Nicole PERCIFIELD, Hostess, Mateusz STACHURA, Gadshill, Sebastian GUNERKA et Kyzystof CHALIMONIUK, Pistol's Two Companions, Tomasz WARMIJAK, Milosz KONDRACIUK et Marek WOTA, Soldiers, WARSAW CHAMBER OPERA SINFONIETTA, dir.: Lukasz BOROWICZ Premier enregistrement intégral, 18 mars 2016, au Warsaw Philharmonic Concert Hall Ralph Vaughan WILLIAMS (1872 - 1958) RIDERS TO THE SEA Gary GRIFFITHS, Bartley, Nicole PERCIFIELD, Cathleen, Kathleen REVEILLE, Maurya, Evanna CHEW, Nora, Anna FIJALKOWSKA, Kobieta/The Woman, WARSAW CHAMBER OPERA SINFONIETTA, WARSAW PHILHARMONIC WOMEN'S CHAMBER CHOIR, dir.: Lukasz BOROWICZ Première polonaise, le 18 mars 2016, au Warsaw Philharmonic Concert Hall 2016- DDD-2 CD- CD1 55'11- CD2 38'29- présentation, livret et textes en anglais et polonais- chanté en anglais- DUX 1307-1308 De la rencontre entre Holst et Vaughan Williams, jeunes étudiants en 1895, devait naître une longue amitié. En témoigne le présent coffret qui associe deux opéras en un acte de chacun d'eux. Pourtant, rien de commun sinon un étonnant contraste de ton, d'inspiration, d'esthétique, de facture et de sensibilité. Gustav Holst (1874-1934) auteur des célèbres 7 pièces pour grand orchestre, « The Planets », composées entre 1914 et 1916, fut autant attiré par le genre comique (« The Perfect Fool » en 1918) que par la philosophie orientale (« Sita » 1899-1906 et « Sâvitri » de 1908), le plain-chant de la Renaissance anglaise avec Thomas Weelkes (1576-1623) sans oublier son admiration pour Henry Purcell. C'est lors d'une convalescence, parcourant la première et seconde partie d' « Henri IV » de Shakespeare et s'amusant à mettre en musique un Sonnet étudié par sa fille, que fut conçue cette halte musicale à l'enseigne de la « Hure de sanglier » chère à Falstaff. Haute en couleurs, rapide, haletante, la partition superpose les images, en une dynamique qui rebondit sans cesse. Cette course pleine de vigueur mêle l'audace contemporaine à la verve élisabéthaine. Les interprètes vifs et agiles rendent l'énergie et l'habileté d'une partition qui n'a d'autre but que de distraire et de plaire fort brillamment. Représenté au Palace Théâtre de Manchester, le 3 avril 1925 puis le 20 à Londres, « At the boar's Head » est ici enregistré intégralement pour la première fois. A l'opposé de la fraîcheur et de la spontanéité madrigalesque, « Riders to the Sea » (CD 2) nous plonge ensuite dans la décadence symboliste avec le poète irlandais du renouveau celtique, John Millington Synge, (qui suscite un regain d'intérêt à travers le « Baladin du monde occidental » déjà bien connu et, surtout, « La source des saints », actuellement sur la scène du théâtre de la Commune à Aubervilliers et accueilli par une critique enthousiaste). Ralph Vaughan Williams, revient ainsi curieusement en 1932, après sa terrible expérience de la Grande Guerre, à une pièce écrite au tout début du siècle (1904) dont l'esthétique se rapproche de celle de Maeterlinck et des dramaturges scandinaves. On songe également au « Pauvre matelot » de Darius Milhaud créé le 16 décembre 1927 à l'Opéra comique à partir du livret assez sordide de Jean Cocteau. Car y souffle le même air confiné d'une fatalité artificiellement théâtrale. Mais heureusement, le vent iodé et les coups de reins des montures irlandaises sonnent plus âprement, en grands à plats vigoureux chez Vaughan Williams. La tragique déploration d'une vielle femme perdant mari et fils puis courbant la tête sous la fatalité, se déploie par à coups, dominée par l'omniprésence sonore de la mer irlandaise : 28 minutes en rafale dont on sort secoué grâce aux excellents interprètes réunis ici. L’œuvre a déjà rayonné amplement hors des pays anglo-saxons -notamment en France (création parisienne le 8 avril 2009, Théâtre de l'Athénée). Et finalement, le plus anglais des deux n'est pas celui qu'on croit ! Cette remarquable réalisation permet de prendre la mesure de l’éclectisme, de la perméabilité et de la singularité de musiciens anglais du XXe siècle et de les faire enfin mieux connaître. Bénédicte Palaux Simonnet Son 10 - Livret 10 - Répertoire 10 - Interprétation 10

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