Vite fait, bien fait...

par
Lotario

Georg Friederich HAENDEL
(1685 - 1759)
Lotario
Sophie RENNERT (Lotario), Marie LYS (Adelaide), Ursula HESSE von den STEINEN (Matilde), Jorge Navarro COLORADO (Berengario), Jud PERRY (Idelberto), Todd BOYCE (Clodomiro), Orchestre du Festival de Göttingen, dir.: Lawrence CUMMINGS
2017-DDD-Live-3h7'-Textes de présentation en allemand et anglais-Accent ACC 26408 (3 cd)

Composé en un très court laps de temps, en octobre et novembre 1729, Lotario est créé au King's Theatre de Haymarket à Londres le 2 décembre de cette même année, ce qui ne manque pas de laisser rêveur quant au peu de temps laissé à la préparation de la représentation de l'ouvrage. Conséquence probable de la hâte qui a procédé à son élaboration et à sa première, l'accueil du public fut, pour le moins, tiède. Ainsi, quelques jours après la création, un spectateur écrit: « on tient généralement l'opéra pour très pauvre. Bernacchi (titulaire du rôle-titre lors des premières représentations) n'a pas plu le premier soir mais modifia son interprétation le second et fut cette fois acclamé. Il n'est pas aussi plaisant que Senesino, tant sur le plan du physique que de la voix... ». Le témoin continue en critiquant assez durement les autres comparses, notamment la soprano Anna Strada, qu'il compare, en sa défaveur, à la Cuzzoni. D'autres témoins seront plus indulgents. Ainsi, Mary Pendarves, célèbre outre-Manche pour sa correspondance, écrira: « l'opéra est trop bon pour le goût commun de la ville. Il est condamné à ne plus être représenté sur cette scène après cette nuit ». Celui-ci tiendra finalement neuf soirs durant la saison 1729-1730. Le livret a pour fond historique la lutte entre factions italiennes au 10ème siècle et a pour héros Otton 1er, rebaptisé Lotario. Le sujet est l'occasion de l'expression de grandes amours, de rébellions, de victoires, de complots. Comme souvent à l'opéra, le livret, trop long à l'origine, sera abrégé au point d'en devenir inintelligible, rejoignant en cette particularité douteuse ceux de Sosarme, Berenice et Faramondo, pour rester dans la production de Haendel. Il semble aujourd'hui de bon ton de considérer Lotario comme secondaire au sein de la production du Saxon. Il est un fait que l'ouvrage manque de pages de bravoure ou de scènes d'émotion pure telles que celles que l'on peut entendre dans Orlando ou Giulio Cesare, par exemple. En cause, pour l'essentiel, son relatif statisme et la succession quasi ininterrompue de récitatifs parfois longs et d'airs fort beaux mais qui touchent sans doute avec moins d'évidence à la grâce que maints autres sortis de la plume du compositeur. On ajoutera à cela l'absence totale d'ensembles et de choeurs, à l'exception du duo et du coro qui constituent la scène finale. L'enregistrement mené par Laurence Cummings fait suite à celui de Alan Curtis publié par DHM en 2004 ainsi qu'aux extraits captés à la même époque par Paul Goodwin chez Oehms. Il a été réalisé en public au festival Haendel de Göttingen en mai 2017: un atout indéniable pour cette production dont la théâtralité, bienvenue, n'en est qu'accentuée de ce fait. Les solistes évoluent avec naturel, avec des voix jeunes, belles, alertes. Assurément pas le premier opéra de Haendel à écouter mais il recèle de vraies beautés, discrètes et pourtant appréciables.
Bernard Postiau

Son 9 - Livret 9 - Répertoire 10 - Interprétation 10

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