Vive la jeunesse !

par
Viotti
Pour sa 71ème édition, le Festival de Montreux-Vevey a reçu le Royal Philharmonic Orchestra de Londres avec Charles Dutoit, son directeur artistique et chef principal, ainsi que l’Ensemble Musicaeterna, Chœur et Orchestre de l’Opéra de Perm sous la conduite de Teodor Currentzis. Et le 29 août, a paru l’European Philharmonic of Switzerland dirigé par Lorenzo Viotti. Fondée par d’anciens et actuels membres du Gustav Mahler Jugendorchester sous l’égide de Claudio Abbado, la formation est représentée par une vingtaine de nations possédant un atout majeur, le brio de la jeunesse. Quant au chef, aujourd’hui âgé de… vingt-sept ans, il est le fils du regretté Marcello Viotti, né à Lausanne, formé à Lyon, étudiant la direction à Vienne et à Weimar et qui s’est fait un nom au Concertgebouw d’Amsterdam, aux Wiener Symphoniker, aux Festivals de Salzbourg et de Verbier. A Montreux, le programme débute par deux pages orchestrales du Macbeth de Verdi dans la version parisienne de 1865. Le Prélude est buriné au scalpel pour laisser affleurer divers motifs qui constitueront ensuite la scène de somnambulisme de Lady Macbeth, tandis que le Ballet de l’acte III est développé dans une dynamique serrée qui évoque la danse des sorcières autour d’un chaudron bouillonnant ; le lyrisme des violoncelles suggère ensuite l’apparition d’Hécate, la déesse de la nuit, que chassera un trille roboratif entraînant une valse infernale. Intervient ensuite le violoniste Renaud Capuçon, l’un des invités réguliers du Festival, interprète du Premier Concerto en sol mineur de Max Bruch, abordé ici dans un style rhapsodique dont le tissu orchestral suscite le dramatisme ; le soliste y impose un large cantabile en une ligne de chant expressive et un son généreux sans jamais forcer le trait, même si le finale regorge d’inflexions tziganes. En bis, il est bouleversant de simplicité dans la Mélodie d’Orphée, c’est-à-dire la Danse des ombres heureuses tirée de l’Orphée de Gluck dans la transcription de Fritz Kreisler. Un bémol au terme de l’entracte : le parterre s’est vidé d’un quart de son public ; au moment où le chef entre, les spectateurs du fond se précipitent pour prendre les places jusqu’à ce que l’un des bars de sponsor livre finalement sa horde avinée d’éléphants dans un magasin de porcelaine. Et le jeune maestro excédé s’en retourne dans sa loge puis revient en empoignant une Cinquième de Tchaikovsky chauffée à blanc mais qui sait se parer, dès les premières mesures, d’un tragique mystérieux produit admirablement par la première clarinette et le basson ; s’y enchaîne un Allegro con anima masquant l’inquiétude sous l’élégance du propos, avant qu’une jeune femme blonde, corniste d’exception (la sœur du chef, m’a-t-on dit), ne chante nostalgiquement un thème empreint de douloureuses tensions que partageront hautbois et clarinette. En un tissu de cordes soyeuses se profile une valse dont la mélancolie surannée sera balayée par un finale fougueux atteignant une insoutenable hypertension pour retomber vers un dénouement sans issue. Galvanisé par les dernières mesures, le public se lève d’un bond pour acclamer les exécutants. Bon prince, le chef concède en bis un Intermezzo de Cavalleria rusticana qui semble provenir d’un monde lointain où tout est vanité.                                                          Paul-André Demierre Montreux, Festival du Septembre Musical, 29 août 2017

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