Appalachian Spring est un ballet composé par Aaron Copland en 1944. Chorégraphié par Martha Graham d'après un poème de Hart Crane, il a été créé le 30 octobre 1944 à la Library of Congress de Washington.
Parce que la fosse d'orchestre était étroite, l'orchestration originale ne comptait que 9 cordes, une flûte, une clarinette, un basson et un piano. La pièce sera plus tard transcrite par le compositeur pour un orchestre symphonique. L'œuvre a été commandée et sponsorisée par Elizabeth Sprague Coolidge.
Le ballet raconte l'histoire des pionniers américains à l'aube du XIXe siècle. Les thèmes principaux s'inspirent largement de la musique traditionnelle de l'époque, en particulier le Shaker Dance, qui sert de lien mélodique entre les huit mouvements de la pièce.
À la fin des années 1920, Aaron Copland a assisté à une représentation de la pièce de théâtre de S. Ansky, « The Dybbuk », une histoire d'amour prédestiné et de possession démoniaque. Pour une production de la pièce à Moscou en 1919, le compositeur Joel Engel avait écrit une musique de scène qui tournait autour d'une mélodie hassidique qu'il avait retrouvée dans la ville de Vitebsk. Engel et Ansky étaient partis avec l'expédition ethnographique juive, recueillant les légendes et la musique de la campagne. Engel a trouvé sa mélodie et Ansky a trouvé la légende d'origine d'un dibbouk pour sa pièce de théâtre lors de ce voyage de recherche.
La mélodie originale était sans paroles et fut plus tard connue sous le nom de Mipnei ma (Yoreda han'shama : ["Pourquoi/où/à cause de quoi [l'âme est tombée...."]). Copland aurait entendu la mélodie lorsqu'il s'est rendu à la production new-yorkaise en langue anglaise en 1926 ou 1927.
Copland a commencé à écrire Vitebsk en 1928 avant que la League of Composers ne lui commande une œuvre. En 1928, Copland est en résidence à la MacDowell Colony.
Copland a déclaré qu'il cherchait à montrer la dureté et le drame de la vie juive en Russie. Cela transparaît dès la première note. La pièce, écrite pour trio de piano, est tranchante et déchiquetée, et il faut rappeler que le thème sur lequel il s'appuie est tiré d'une pièce de théâtre sur la possession démoniaque. Il ne s'agit pas de la vie juive du XIXe siècle dans une petite ville, telle qu'elle est dépeinte de manière si vivante dans « Le violon sur le toit », mais d'une vie complexe et interconnectée, fondée sur des croyances religieuses et folkloriques. Il ne s'agit pas de la Russie de Chagall (qui était en fait originaire de Vitebsk), mais de la Russie d'une ville cosmopolite de quelque 70 000 habitants, dont la moitié était juive et dont beaucoup avaient été chassés de Moscou à la suite de la purge de 1891 contre les Juifs de Moscou.
La musique de Copland nous plonge dans la structure psychologique de la pièce : deux amis se sont engagés à ce que leurs enfants se marient, mais le père du fils meurt et le père de la fille revient sur sa promesse parce que le fils est pauvre et en mauvaise santé. Lorsque les fiançailles de la jeune fille avec un autre sont annoncées, le fils meurt. Lorsque la jeune fille se rend au cimetière pour informer ses parents décédés de son futur mariage, elle est envahie par l'esprit démoniaque du fils décédé. À la fin de la pièce, la fille et le fils sont réunis dans la mort. Il y a une sorte de claustrophobie intense dans l'histoire qui transparaît dans la musique.
Il s'agit de la seule composition ouvertement juive de Copland en tant que compositeur d'âge mûr. Copland a écrit : "Les influences juives étaient présentes dans ma musique, même lorsque je n'y faisais pas ouvertement référence. J'ai grandi dans la tradition de l'Europe de l'Est et il n'y avait donc pas de nouveauté, comme c'était le cas avec les matériaux folkloriques liés à l'Ouest américain".
Le Trio a été achevé en 1929 et créé lors d'un concert de la Ligue des compositeurs à New York le 12 février de la même année.
La Symphonie no 3 est la dernière symphonie d'Aaron Copland.
Elle a été écrite entre 1944 et 1946, et sa première exécution a eu lieu le 18 octobre 1946 avec l'Orchestre Symphonique de Boston sous la direction de Serge Koussevitzky.
Aaron Copland (1900-1990) : Third Symphony. Michael Tilson Thomas, Orchestre Symphonique de San Franciso. Live mars 2018. Parution mars 2020. Livret en anglais. TT 42’33. Téléchargement. SFS Media 0078.
Aaron Copland (1900-1990) : suite du ballet "Billy the Kid" ; Antonín Dvořák (1841-1904) : Symphonie n°9 en mi mineur, Op.95 “Du Nouveau monde”. , Gianandrea Noseda. 2019. Livret en anglais. 62’30’’. SACD NSO0001
La création contemporaine occupe le devant de la scène cette semaine. Annelies Van Parys, l'une des voix les plus singulières de la création belge, dévoile chez Antarctica son grand portrait orchestral. Warner Classics ouvre par ailleurs le cycle des hommages posthumes à Péter Eötvös, disparu en 2024, avec deux partitions emblématiques de sa période Intercontemporain. Et Erato remet opportunément en lumière le compagnonnage historique entre François-Bernard Mâche et l'Ensemble Accroche Note — réédition précieuse d'un pan essentiel de la création française des dernières décennies. À cela s'ajoutent deux grandes signatures symphoniques — Pappano à Londres, Saraste en Finlande — pour une semaine de très haute tenue.
Aaron Copland (1900-1990) : Symphony n°3. George Walker (1922-2018) : Sinfonia n°5, « Visions ». London Symphony Orchestra ; Sir Antonio Pappano, direction. LSO Live LSO0916, 2026.
Pour son premier disque "américain" à la tête du London Symphony Orchestra dont il est désormais chef principal, Antonio Pappano signe un programme qui en dit long sur son projet : confronter l'icône — la Troisième Symphonie de Copland, monument patriotique inaugural avec sa célèbre Fanfare for the Common Man — à la voix longtemps minorée de George Walker, premier compositeur afro-américain Pulitzer, dont la Sinfonia n°5 « Visions » (2016) constitue son ultime grand legs symphonique, écrit en réponse à la tuerie de Charleston. Le couplage est éclairant, le LSO joue avec ce lustre cuivré qui lui revient, et Pappano démontre qu'il sait ouvrir le canon américain plutôt que de simplement l'illustrer. Une déclaration d'intentions, et un disque qui devrait faire parler pour son niveau instrumental.
Lili Boulanger (1893-1918) : Prélude en ré, Prélude en si, Trois morceaux pour piano, Thème et variations. Nadia Boulanger (1887-1979) : Deux Morceaux de concours, Trois petites pièces pour piano, Fantaisie variée pour piano et orchestre*. Duco Burgers, piano. Faelix Collective, direction : Anthony Scheffer. 2025. Textes de présentation en anglais. 55’48’’. Piano Classics PCL 10325.
Michael Tilson Thomas s'est éteint le 22 avril 2026 à son domicile de San Francisco, à l'âge de 81 ans, emporté par le glioblastome qu'il affrontait publiquement depuis 2021. Deux mois après la disparition de son époux Joshua Robison, compagnon de toute une vie et architecte discret de sa carrière, celui que ses proches et le public appelaient simplement « MTT » laisse derrière lui un héritage dont l'ampleur et la singularité débordent largement le cadre ordinaire de la direction d'orchestre américaine. Avec lui s'éteint une figure qui aura incarné, mieux que quiconque de sa génération, l'idée que la musique n'a pas de frontières — ni entre les époques, ni entre les genres, ni entre les publics.
Un héritage, une fluidité
Né à Los Angeles le 21 décembre 1944, petit-fils de Boris et Bessie Thomashefsky, étoiles du théâtre yiddish new-yorkais du début du XXe siècle, Tilson Thomas grandit dans un creuset où se rencontraient la tradition savante européenne, le théâtre populaire, le Broadway naissant et la culture américaine des marges. Cette généalogie éclaire sans doute ce qui fut la constante de toute son existence musicale : la conviction jamais démentie que la musique dite savante et les musiques vernaculaires appartiennent au même continuum. Pianiste redoutable, accompagnateur instinctif, improvisateur né, il circulait entre le jazz, la chanson, le musical, Mahler et Copland avec une aisance sans pose, sans surplomb, sans l'embarras que mettent tant de chefs à revendiquer leurs curiosités extra-classiques.
Formé à l'Université de Californie du Sud auprès d'Ingolf Dahl, il fréquente très jeune Igor Stravinsky et Aaron Copland, relais vivants d'une modernité qu'il portera sa vie durant. Stravinsky, d'ailleurs, ne fut sans doute pas choisi au hasard : il y avait dans ce maître du XXe siècle — capable de passer du primitivisme rugissant du Sacre au néoclassicisme le plus épuré, puis au sérialisme tardif — une figure en miroir de ce que MTT allait lui-même devenir. Un artiste de la navigation entre les styles, de la surprise continuelle, de la réinvention comme méthode. Son irruption sur la scène internationale est foudroyante : assistant du Boston Symphony à vingt-quatre ans, il se révèle lors d'un remplacement au pied levé, puis scandalise New York en y dirigeant les Four Organs de Steve Reich — l'un des premiers gestes d'un chef de premier plan en faveur du minimalisme américain dans une salle de concert traditionnelle. L'épisode dit tout : le goût du risque, le refus des hiérarchies, la certitude qu'une grande institution peut et doit accueillir l'inattendu.
Cette même audace, il la portera aussi au cœur du répertoire le plus canonique. Dès l'orée des années 1980, il entreprend à Londres avec l'English Chamber Orchestra, pour CBS Masterworks, l'une des toutes premières intégrales des symphonies de Beethoven confiées à un orchestre de chambre — pari rare à l'époque, qui anticipait d'une décennie les ambitions d'allégement d'effectifs popularisées par la mouvance historiquement informée. Gramophone soulignait alors combien ces lectures rééquilibraient la relation entre cordes et vents, offrant quelque chose de plus proche de ce que Beethoven lui-même avait probablement en tête. L'intégrale, couronnée par une Neuvième devenue référence, montre combien MTT pensait le classique et le contemporain dans un même geste de réinvention.
Les avant-gardes américaines comme patrie
Il n'est sans doute pas de chef de sa génération qui ait autant fait pour imposer à la légitimité symphonique les francs-tireurs américains du XXe siècle. Dès son mandat à la tête du Buffalo Philharmonic (1971-1979), il y grave en 1980, pour CBS Masterworks, la toute première intégrale de l'œuvre symphonique de Carl Ruggles — musique âpre, granitique, d'un contrapuntisme dissonant sans concession, que personne n'avait osé affronter dans son intégralité. Ce double album demeure, plus de quarante-cinq ans après sa parution, l'étalon indépassable de la discographie ruggelsienne. Dans la foulée, il entreprend une intégrale des symphonies de Charles Ives, chantier au long cours partagé, chose remarquable, entre le Chicago Symphony (Symphonies n°1 et n°4, gravées 1986-1989) et le Concertgebouw d'Amsterdam (Symphonies n°2 et n°3, 1981-1982), ainsi que les œuvres orchestrales majeures. Jamais avant lui la musique d'Ives n'avait reçu pareille attention : un travail d'orfèvre sur les strates polytextures, sur l'art ivesien de faire cohabiter plusieurs musiques simultanées, exécuté avec une précision et une ferveur qui firent d'un coup entrer ce compositeur, jusqu'alors tenu à distance, dans le grand répertoire international. Henry Cowell, Morton Feldman, Lou Harrison, Meredith Monk, John Cage, Edgard Varèse, David Del Tredici, Charles Wuorinen, Steven Mackey, Mason Bates, Samuel Carl Adams, plus tard, viendront allonger cette lignée — une « grande tente » esthétique que personne avant lui n'avait dressée avec une telle conviction.
Inscape. Pavel Haas (1899-1944) : Quintette à vent op. 10. Dmitri Chostakovitch (1906-1975) : Quatuor à cordes n° 8 en do mineur op. 110, arrangement pour quintette à vent par Mark A. Popkin. Pēteris Vasks (°1946) : Quintette à vent n° 2. Jan Novák (1921-1984) : Concertino pour quintette à vent. Quintette Alinde. 2025. Notice en anglais, en allemand et en tchèque. 58’ 52’’. Supraphon SU 4373-2
Alberto Ginastera (1916-1983) : Pampeana n° 1 op. 16, rhapsodie pour violon et piano ; Dos Canciones op. 3 ; Cinco canciones populares argentinas op. 10 ; Pampeana n° 2 op. 21, rhapsodie pour violoncelle et piano ; Quintette pour piano et quatuor à cordes op. 29 ; Sonate pour violoncelle et piano op. 49. Andrzej Pikul, piano ; Oriana Masternak, violon ; Ewa Menaszek, mezzo-soprano ; Beata Urbana et Pawel Czarakcziew, violoncelles ; Quatuor Messages. 2025. Notice en polonais, en anglais et en espagnol. 78’ 27’’. Dux 2216.