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Ruth Anderson, 5 ans

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Ruth Anderson (21 mars 1928 - 29 novembre 2019) était une compositrice, orchestratrice, enseignante et flûtiste américaine.

Evelyn Ruth Anderson, née à Kalispell, dans le Montana, est une compositrice de musique orchestrale et électronique. Sa formation s'est étendue sur deux décennies et s'est déroulée dans huit établissements différents. Tout au long de cette période, elle a reçu une multitude de prix et de bourses, notamment deux bourses Fulbright (1958-60) pour étudier la composition avec Darius Milhaud et Nadia Boulanger à Paris. Après avoir terminé ses études, Anderson a travaillé en tant que compositeur indépendant, orchestrateur et arrangeur de chorales pour NBC-TV, puis pour le Lincoln Center Theater.

Études post-secondaires
1949 - Bachelor of Arts, magna cum laude, Université de Washington
1951 - Maîtrise de lettres, Université de Washington
1958-60 - étudie avec Darius Milhaud et Nadia Boulanger à l'École américaine de Fontainebleau[3][4].
1962-63 - Graduate School de l'université de Princeton (l'une des quatre premières femmes admises)
1965, 1966, 1969 - Columbia-Princeton Electronic Music Center (aujourd'hui Computer Music Center)

Elle était une « compositrice électronique respectée » dont les œuvres ont été publiées sur le label Opus One, l'anthologie LP "pionnière " de Charles Amirkhanian New Music for Electronic and Recorded Media (1977), New World/CRI, Arch Records, et Experimental Intermedia (XI). D'autres travaux ont été publiés sur Arc Light en 2020.

Anderson a composé pour une multitude d'instruments et d'ensembles, y compris des orchestres et de la musique électronique. Son poème sonore I Come Out of Your Sleep (révisé et enregistré sur Sinopah 1997 XI) est construit à partir de phonèmes chuchotés extraits du poème « Little Lobelia » de Louise Bogan. Selon la compositrice, « un niveau dynamique très doux fait partie intégrante de cette pièce. Il est important de l'écouter telle qu'elle a été composée, près du seuil d'audition" Sa pièce de collage SUM (State of the Union Message) figure dans la collection Lesbian American Composers (1973 Opus One, rééditée en 1998 CRI : 780). SUM et DUMP (1970), également un collage sonore, sont ses pièces les plus connues. Elle a qualifié son étude du zen, commencée en 1990, de « prolongement naturel de ma musique », et a cité les compositrices Pauline Oliveros et Annea Lockwood comme ayant exercé une influence, notamment sur son intérêt pour la musique et la guérison.

Anderson a obtenu des diplômes de flûte et de composition à l'Université de Washington et a ensuite étudié avec Darius Milhaud et Nadia Boulanger dans les années 1950 et avec Vladimir Ussachevsky et Pril Smiley dans les années 1960 à l'Electronic Music Center de Columbia-Princeton. Elle a écrit qu'après avoir été confrontée à la manipulation de bandes magnétiques, elle s'est ouverte au potentiel de « tous les sons... en tant que matériau pour la musique ». En 1966, elle rejoint le personnel du Hunter College (CUNY), où elle crée l'Electronic Music Studio, et prend sa retraite en 1988.

Juste avant sa mort en novembre 2019, Anderson a approuvé les pressages d'essai d'un LP de ses œuvres, intitulé "Here" et publié par Arc Light Editions en février 2020. On y trouve : I Come Out Of Your Sleep ; SUM (qui utilise des échantillons de publicités télévisées pour imiter un discours du président Richard Nixon) ; Pregnant Dream (une collaboration avec la poétesse May Swenson) ; Points (construit entièrement à partir d'ondes sinusoïdales) ; et l'électroacoustique So What.

 

 

 

Luxembourg : Rainy Days, accueillant et expérimental

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Terriblement automnal, le festival de musique contemporaine à Luxembourg, alors que l’eau n’arrête pas de se déverser du ciel, remplissant ces nappes phréatiques dont on se désolait jusqu’il y a peu du faible niveau, au point de les faire déborder, comme le lit des rivières chez nos voisins du Nord ces derniers jours, Rainy Days, à l’abri le long des colonnades conçues par Christian de Portzampac, prend cette année des airs de renouveau : programme concentré sur un week-end (prolongé) de quatre jours (un défi pour l’équipe technique) au lieu de la dizaine des années précédentes, concerts souvent plus courts, un accès à la journée plutôt qu’à l’événement et l’épreuve du feu pour la compositrice basée à Londres Catherine Kontz, nouvelle directrice artistique -le tout autour de la thématique de la mémoire, sous ses aspects d’association, de rappel, de réminiscence, d’apprentissage et de démence.

Chants de la Ferme des 1000 Vaches et des entrepôts d’Amazon

A l’évocation des Works Songs de Christopher Trapani (1980-), par lesquels je débute mon week-end à Luxembourg, des images me reviennent, d’un concert dans ce même lieu il y a quelques années, où Phill Niblock propulse ses drones sur des images de « personnes au travail », gestes répétés, mécaniques, sciemment efficaces : une association mémorielle immédiate, contre l’évidence de laquelle je lutte (brièvement) pour me laisser prendre par l’intention du compositeur américano-italien, curieux de ces musiques transmises oralement, qui rassemble des « chants de travail » -ces ritournelles fonctionnelles destinées à faciliter les gestes, adoucir tiraillements musculaires et monotonie de pensée-,  en parle avec ceux qui les connaissent et imagine des chansons d’aujourd’hui pour des métiers de maintenant -dans une société si individualiste qu’on ne chante plus guère que sous la douche. Le quatuor vocal bruxellois Hyoid Voices entame la première complainte avant même d’entrer sur une scène striée, sur sa gauche, d’un alignement de tapis de souris (d’ordinateur) vivement décorés (paysages, voitures de sport…) et équipée, sur sa droite, d’un praticable lui aussi recouvert de ces rectangles aujourd’hui obsolètes -noirs cette fois, et chargés de quelques souris (avec fil ; les actionner génère des événements sonores retransmis par les haut-parleurs) : les deux hommes et deux femmes sont vêtus des habits du dimanche des Budapestois d’avant la chute du Mur, tissus synthétiques, colorés et luisants, chantent des textes de langues différentes en trimballant des seaux en plastique qu’ils chargent et déchargent de paquets de post-it, le tout dans un spectacle kitsch et rococo qui, si je ne peux pas dire qu’il me séduit musicalement, au moins me surprend esthétiquement.

Les sons aussi ont leur vie

La table ronde Foghorns and Rivers – Remembering Sounds précède une mini-performance de cornes de brume (en aérosols, les bateaux, c’est encombrant) actionnées du haut de la passerelle qui fait le tour de la Philharmonie (à l’intérieur et au sec, et prétexte, cette année, à un parcours « Et wor emol » (« Il était une fois », parsemé d’une quinzaine de QR codes, autant d’étapes-souvenirs musicales tirées des archives luxembourgeoises), pour un public en contrebas et aux oreilles protégées -Yoshi Wada (1943-2021), nourri chez Fluxus et à qui l’offrande nautique est dédiée, poussait lui-même le volume, soucieux de ne rien perdre des harmoniques : Annea Lockwood (1939-) et la journaliste britannique Jennifer Lucy Allan parlent de field recording (pour enregistrer le son du Danube, la compositrice néo-zélandaise de musique électronique délaisse les villes qu’il traverse, dont le bruit la désintéresse), des sonorités perdues des cornes de brume (mais du retour de nouvelles, comme celles du tram urbain), des façons de se souvenir du son des rivières ou du phénomène d’habituation qui, au bout d’un temps, nous réveille au silence de la sirène portuaire quand nous elle tait son hurlement attendu.

Donaueschinger Musiktage 2023, plus ouvert, plus international, plus découvreur

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Biotope et hiérarchie : l’évolution en marche

Il reste un léger crachin (un simple effluve humide en comparaison des trombes qui, hier sur l’autobahn, épuisaient mes essuie-glaces), qui n’empêche pas de flâner le long de l’eau, vers le Museum.Art Plus, sa Porsche 911 désossée et dorée (une exposition annexe commémore les 50 ans de la 911 Carrera RS 2.7.), ses sculptures monumentales et multicolores, sa Vespa spaghetti délirante et l’installation sonore de Marina Rosenfeld (1968-), compositrice de Brooklyn (New York), qui aborde de façon louvoyante certaines questions existentielles relatives à la musique et au compositeur, et touche le spectateur sur le triple plan auditif, visuel et affectif -du concept à la réalité, se concrétisent, dans deux pièces à l’étage, plusieurs paires de haut-parleurs posés au plancher diffusant des sons sporadiques, aux côtés de deux micros, de panneaux colorés et de feuilles, de papier et de soie, arrangés, disposés, et autour desquels on déambule, à la recherche de ce fil souvent tortueux, qui lie l’idée à sa concrétisation.

De l’idée à la concrétisation, l’artiste est rarement seul : il vit en interaction avec son environnement, et ses intuitions, ou son travail, ou les unes et l’autre, ne naissent ni se ne développent sans interdépendance avec son biotope : l’édition 2023 des Donaueschinger Musiktage (qui se charge aussi de présenter les œuvres décalées suite à la pandémie) s’intéresse à la collaboration, de la création de l’œuvre à son exécution (des processus pas toujours distincts eux non plus -l’improvisation en est l’exemple le plus évident), dans l’usage des technologies ou de l’espace, dans les rapports avec l’auditeur- s’éloignant délibérément de la structure hiérarchique en musique savante, fondée sur une prééminence en cascade : celle du compositeur sur l’exécutant, du chef sur l’orchestre, de la musique sur le public ; de l’ingénierie sur l’artistique. Au fond, nombreux sont ceux qui interviennent entre l’étincelle (enfin…) créative et la réception dans les oreilles de l’auditeur des sons imaginés : l’interprète bien sûr, mais aussi l’acousticien, l’architecte de la salle de concert, le facteur d’instrument, l’auteur des notes de programme…

Symphonie pour 220 haut-parleurs et geyser vocal

La Symphony No. 3 de Wojtek Blecharz (1981-), polonais installé à Berlin, s’écoute dans une formule qui bouscule la tradition du concert, à mi-chemin entre celui-ci et l’installation : ça se passe dans le (petit) hall des sports Erich Kästner, aux fonctionnelles lignes de couleurs sur le sol balisant ses utilisations multiples (basket, volley, mini-foot…), au long de certaines desquelles sont alignés 220 haut-parleurs sans fil, éteints -longues chaussettes jaune fluo, agenouillé, accroupi, glissant sur son séant, le compositeur les allume au fur et à mesure. Les petits appareils envahissent notre vie courante, alors pourquoi pas en remplacement des interprètes : Blecharz voit ces petits cylindres de plastique et de métal comme autant de semences d’un jardin sonore qu’il construit, plantant l’une après l’autre, graines de résistance à la hiérarchie patriarcale de l’orchestre symphonique -avec ce délicieux paradoxe, qui délivre des instructions (des recommandations) à l’auditeur (marchez lentement entre les haut-parleurs, asseyez-vous ou couchez-vous, changez trois fois de position…) sur la façon d’exercer sa liberté : « le son est la carte, marcher est écouter » ; l’expérience instruit, dégrossit la position traditionnellement passive de l’audition symphonique, s’inscrit dans la fin d’une journée bien nourrie -même si la qualité sonore de minuscules enceintes Bluetooth ne vaut pas la présence acoustique des instruments.