Carl Orff, paradoxes et complexité
Jean-Philippe Thiellay : Carl Orff. Actes Sud/Musiques, ISBN 978-2-330-21606-1. 2026, 231 pages, 20 Euros.
Jean-Philippe Thiellay : Carl Orff. Actes Sud/Musiques, ISBN 978-2-330-21606-1. 2026, 231 pages, 20 Euros.
Le compositeur allemand Carl Orff est né le à Munich et mort le dans la même ville. Son œuvre la plus connue est Carmina Burana.
En 1914, il prend des leçons d'interprétation avec Hermann Zilcher. La même année, il est nommé chef d'orchestre et directeur musical des Münchner Kammerspiele. Il prend part à la guerre en 1917, mais est démobilisé en raison d'une blessure. De retour du front, il est nommé directeur musical et chef d'orchestre des opéras de Mannheim et Darmstadt.
Après la guerre, désireux d'associer le texte, la musique et le mouvement, il se consacre à l'étude et à la composition. Il abandonne ses fonctions à l'opéra de Darmstadt. En 1920, il épouse Alice Solscher dont il aura une fille. Il se mariera quatre fois, sa dernière épouse étant Liselotte Schmitz (1930-2012).
Intéressé par la musique de son temps et notamment par celle d'Arnold Schoenberg, il n'éprouve cependant rien pour la musique atonale. Il se passionne surtout pour la Renaissance italienne : il adapte en allemand le Lamento d'Ariana, adapte et édite L'Orfeo et le Ballo delle Ingrate de Claudio Monteverdi pour instruments modernes.
En 1924, avec la danseuse Dorothee Günther, il fonde une école de danse : la Güntherschule. C'est dans cette école que naîtra le concept de l'Orff-Schulwerk (1). Carl Orff a toujours considéré cette démarche pédagogique comme faisant partie intégrante de son œuvre musicale. Entre 1935 et 1936, il crée au vieil opéra de Francfort son plus grand succès : Carmina Burana, œuvre inspirée de poèmes du Moyen Âge retrouvés dans l'Abbaye de Benediktbeuern, près de Munich. Carmina Burana est l'une des œuvres classiques les plus jouées au monde. Elle a inspiré de nombreux artistes : des groupes musicaux comme Magma ou Era et des artistes de variété comme Nana Mouskouri (Ave verum). En 1939, Carl Orff écrit Der Mond (La Lune) et en 1942 Die Kluge (La Femme avisée) tous deux inspirés par les Contes de Grimm.
En 1943, il compose les Catulli Carmina et, en 1953, pour compléter ce triptyque païen Trionfi, le Trionfo di Afrodite. On lui doit aussi la composition des Veni Creator Spiritus (1954), cantate d'après le livret de Franz Werfel pour chœur mixte, pianos et instruments à percussion, mouvements de chœur d’après le livret de Bertolt Brecht pour chœur, trois claviers et percussions. Par la suite, il n'écrit plus que pour le théâtre musical des pièces telles que Antigone ou De temporum fine comœdia, sa dernière œuvre, qui reviennent aux formes du théâtre sacré avec des danses rituelles. En 1961, il fonde son école, l'Institut Orff, au Mozarteum de Salzbourg, puis donne des conférences pour présenter son concept pédagogique, le Orff-Schulwerk. (1)
Carl Orff meurt le . Selon son souhait, il a été inhumé dans une chapelle du monastère d'Andechs, en Bavière où un festival Orff in Andechs lui est consacré tous les ans.
Il eut notamment comme élèves les compositeurs allemands Karl Marx et Werner Egk ou le compositeur néo-zélandais Edwin Carr.
La question de la position de Carl Orff durant les années 1930-40 est très discutée.Sa musique fut d'abord rejetée, puis récupérée par le IIIe Reich. Carmina Burana en est un exemple : mal perçue lors de la première à Francfort en 1937, elle a ensuite connu un grand succès auprès du public mais aussi du pouvoir national-socialiste. Par ailleurs, il a été reproché à Orff d'avoir répondu à l'appel officiel de composer une nouvelle musique de scène pour Le Songe d'une nuit d'été, la partition de Felix Mendelssohn ayant été interdite du fait des origines juives du compositeur. Les défenseurs d'Orff firent valoir par la suite qu'il avait déjà composé la musique de cette pièce entre 1917 et 1927, soit bien avant la commande des autorités nazies. En effet, Orff avait pour habitude de modifier en permanence ses œuvres musicales.
Après la guerre, Carl Orff a prétendu avoir appartenu au mouvement de résistance Die Weisse Rose (La Rose blanche), qui fut notamment animé par un de ses amis, Kurt Huber, condamné à mort par le Volksgerichtshof (Tribunal du peuple) et exécuté en 1943. Pourtant, le jour de l'arrestation de Huber, son épouse pria Orff d'user de son influence auprès des autorités pour aider son mari, mais Orff refusa. Par la suite, la femme de Huber refusa de le revoir. Culpabilisé, Orff écrira une lettre dédiée à son ami défunt pour lui demander pardon.
Carl Orff a travaillé en collaboration avec de nombreux artistes (musiciens, danseurs, peintres, chorégraphes, poètes, etc.) :
- Bertolt Brecht et Carl Orff ont collaboré sur des pièces comme L’Importance d’être d’accord (Das Badener Lehrstück von Einverständnis) en 1929 ;
- Mary Wigman a travaillé, après guerre, quelques-unes de ses chorégraphies sur des œuvres de Carl Orff.
- Luise Rinser, femme de lettres allemande et journaliste engagée, a été son épouse de 1954 à 1959 ;
- Maurice Carême poète belge dont il a mis en musique "la litanie des écoliers" ;
- Johnny Friedlaender: en 1965 en collaboration avec le peintre et graveur J.Friendlaender paraît l'album Exercices (Manus Presse) dans lequel à chaque planche de Friedlaender correspond une sérigraphie de notes de Carl Orff. Après ce premier ouvrage, un second verra le jour en 1968 sous le titre Musica poetica (Manus Presse) ;
- Lucas Suppin, peintre autrichien a favorisé le contact entre Carl Orff et Jacques Prévert. Bien que ces derniers ne se soient vus qu'une seule fois au domicile de Prévert à Paris, ils entretenaient une proximité amicale dont témoignent des dédicaces régulières : En souvenir heureux de Carmina Burana Saint Paul Soleil de et bientôt de . Paroles pour Carl Orff, Jacques Prévert. Par ailleurs, Prévert a écrit le poème Carmina Burana, reprenant ainsi le titre de la cantate scénique de C. Orff auquel il voulait ainsi rendre hommage. Ce poème a été repris dans l'ouvrage commun Carmina Burana (Manus press 1965) dans lequel sont reprises des contributions de Carl Orff, Prévert et du peintre HAP Grieshaber.
Des lettres de Suppin montrent que Orff, Suppin et Prévert avaient un projet commun autour d'un livre (probablement autour du thème d’Œdipe) mais celui-ci ne s'est jamais réalisé. L'un et l'autre ont travaillé l'histoire d'Agnès Bernauer : Die Bernauerin pour Carl Orff en 1947 et Agnès Bernauer pour Prévert en 1961 dans le film Les Amours célèbres de Michel Boisrond
(1) Le Orff-Schulwerk (atelier scolaire) a été fondé et développé en collaboration avec la gymnaste Dorothée Gunther, la pédagogue Gunild Keetman et la danseuse Maja Lex. Il ne s'agit pas réellement d’une méthode. Il s'agit d'orientations pédagogiques dont le but premier est de favoriser un développement harmonieux de l'enfant grâce à la musique dite élémentaire et le mouvement. La pédagogie musicale Carl Orff est ouverte à tous (pas seulement aux enfants), elle est « non élitiste et ludique ». Elle se pratique en groupe et utilise un ensemble de petites percussions (xylophones, métallophones, etc.), appelé : « instrumentarium Orff ». Orff fera fabriquer cet instrumentarium par son ami luthier Klaus Becker avec lequel il fondera la société Studio 49. Cette pédagogie utilise comme support des œuvres du répertoire traditionnel de toutes les cultures tout en favorisant la création et l'improvisation. Le chant, la danse, le mouvement, le théâtre, les percussions corporelles... y trouvent une place tout aussi importante que la technique instrumentale et musicale. Certes, il existe des recueils d'éducation musicale (Musique pour enfants (Musik für Kinder), élaboré avec Gunild Keetmann vers 1930-35, puis révisé en 1950-1954, dont il existe une version française signée de Jos Wuytack) mais la pédagogie Orff s'enseigne exclusivement par l'exemple et l'expérimentation au travers de stages et formations, d'où sa classification dans les méthodes actives.
Le chef d’orchestre Giancarlo Guerrero a annoncé qu’il quittera ses fonctions de directeur musical de l’Orchestre Symphonique de Nashville à la fin de la saison 2024-25, sa 16e à ce poste.
Il sera directeur musical lauréat à compter de la saison 2025-26, au cours de laquelle il reviendra diriger l’Orchestre quatre semaines par an alors que l’organisation passe à une nouvelle direction artistique.
Il a commencé à diriger l’Orchestre Symphonique de Nashville lors de la saison 2009-10. Depuis lors, l’orchestre a collaboré avec Ben Folds, Béla Fleck, Victor Wooten, Kip Winger et d’autres artistes basés à Nashville et a créé près de deux douzaines d’œuvres sous la direction de Guerrero.
Parmi les autres faits saillants du mandat de Guerrero, mentionnons un programme de gala spécial de musique de John Williams dirigé par le compositeur à l’invitation de Guerrero ; des commandes de présentations multimédias, dont Carmina Burana de Carl Orff avec le Nashville Ballet, Her Story de Julia Wolfe et The Jonah People: A Legacy of Struggle and Triumph d’Hannibal Lokumbe ; une interprétation de la Symphonie « Universe » de Charles Ives et du Concerto pour violon électrique de Terry Riley, une commande de l’orchestre symphonique de Nashville, dans le cadre du festival Spring for Music 2012 du Carnegie Hall; Violons de l’espoir Nashville ; et Conquest Requiem de Gabriela Lena Frank.
La Luce. Airs de Leonardo Vinci (1690/96-1730), Joe Sample (1939-2014), Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Carl Ditters von Dittersdorf (1739-1799), Antonio Vivaldi (1678-1741), Ennio Morricone (1928-2020), Zbigniew Preisner (°1955), Wojciech Kilar (1932-2013), Krzysztof Penderecki (1933-2020), Leonard Bernstein (1918-1990), Carl Orff (1895-1982) et Georg Friedrich Handel (1685-1759). Simone Kermes, soprano ; Choeur et Orchestre de l’Opéra de chambre de Varsovie (MACV), direction Julien Salemkour. 2020. Notice en allemand et en anglais. Textes chantés insérés, en langue originale, sans traduction. 58’ 01’’. Prospero PROSP0141.
Carl Orff (1895-1982) : Carmina Burana –Cantiones profanae cantoribus et choris cantandae comitantibus instrumentis atque imaginibus magicis. Alina Wunderlin, soprano. Max Emanuel Cencic, contreténor. Russel Braun, baryton. Zürcher Sing Akademie, dir. Florian Helgath. Zürcher Sängerknaben, dir. Konrad von Aarburg. Paavo Järvi, Orchestre de la Tonhalle de Zürich. Janvier 2023. Livret en allemand, anglais, français ; paroles en langue originale, traduction en anglais et allemand. 64’22’’. Alpha 1031
Pour sa 102e édition depuis 1913, l’Arena di Verona Opera Festival affiche cinq opéras, les Carmina burana de Carl Orff, un Viva Vivaldi en concert immersif, le ballet Zorba le Grec, un gala Jonas Kaufmann et le Roberto Bolle and friends pour deux soirées.
Au niveau lyrique, la seule nouvelle production est consacrée à Nabucco, troisième ouvrage le plus fréquemment joué aux Arènes avec 239 représentations en 26 saisons. En cette année 2025, Cecilia Gasdia, la surintendante, en confie la réalisation à Stefano Poda qui conçoit à la fois la mise en scène, les décors, costumes, lumières et chorégraphie. Dans ses ‘Notes de régie’, l’homme-orchestre explicite son point de vue : « "Nabucco, c’est comme l’affrontement et la réunification entre deux polarités. Deux moitiés de sphère représentent non seulement la polarisation Hébreux-Babyloniens, mais aussi la spiritualité-rationalité sur un plateau scénique épuré dans une dimension spatiale post-moderne qui combine un labyrinthe de lumières futuristes avec la nudité des gradins de l’Arène. Les deux polarités s’attirent et se repoussent durant toute l’action jusqu’à un point extrême de scission pour parvenir à la synthèse du finale où les deux oppositions se réconcilient ».
La métaphore est celle de la répulsion des particules atomiques. L’homme a réussi à découvrir comment scinder en deux parties un atome, pour se rendre compte ensuite qu’une telle science peut avoir des conséquences désastreuses. Ainsi le Finale de l’Acte II impliquant le moment où Nabucco prétend être Dieu provoque une explosion atomique avec effets spéciaux représentant la destruction de la raison séparée de la spiritualité. La guerre est le bruit de fond de la trame concrétisée par des guerriers futuristes dotés de cuirasses lumineuses et d’armes blanches. Le monde naturel et détérioré des Hébreux arborant un jaune délavé symbolise la partie de l’intelligence humaine qui recherche la spiritualité, exprimant dans le célèbre « Va, pensiero » la tentative de fuir cette logique de l’affrontement. Et la gigantesque clepsydre comportant le mot « Vanitas » juchée au centre symbolise le passage du temps qui efface inexorablement tout effort humain. Mais lorsqu’elle se rompra à l’Acte IV, elle obligera l’humanité à choisir entre le bien et le mal.
Carl Orff (1895-1982) : Carmina Burana. Jodie Devos, soprano ; Levy Sekgapane, ténor ; Adrian Eröd, baryton ; Chœur et orchestre philharmonique de Munich, direction : Alain Altinoglu. 2023. MPHILDIGI0014
Ferrum splendidum. Airs d’opéras d’André-Ernest-Modeste-Grétry (1741-1813), Gaetano Donizetti (1797-1848), Carl Orff (1895-1982), Ambroise Thomas (1811-1896), Romain Dumas (°1985), Charles Gounod (1818-1893), Giacomo Meyerbeer (1791-1864) et Richard Wagner (1813-1883), et extraits orchestraux de Piotr Ilitch Tchaïkovsky (1841-1893), Vincent d’Indy (1851-1931) et Richard Wagner. Florian Sempey, baryton ; Yoann Le Lan, ténor ; Chœurs de l’Opéra National de Bordeaux ; Orchestre National Bordeaux-Aquitaine, direction Victor Jacob. 2024. Notice en français, en anglais et en allemand. Textes reproduits en langue originale, avec traductions. 70’ 47’’. Alpha 1104.
La récente publication du troisième volume des Écrits de Vincent d’Indy (édités par Gilles Saint Arroman chez Actes Sud) ramène sous le feu des projecteurs l’appréciation post mortem que l’on porte aujourd’hui à l’attitude de nos grands prédécesseurs. Attitude et grand : j’ai tout résumé. Jeter un regard objectif, dépassionné relèverait-il de l’impossible ? Nous avons connu les grands débats autour des musiciens compromis dans la tourmente nazie et l’Occupation en France, de Cortot à Furtwängler, de Germaine Lubin à Elisabeth Schwarzkopf, de Carl Orff à Richard Strauss et j’en oublie. Le 70e anniversaire de la disparition de Furtwängler a été marqué par un silence étonnant. Seuls les Chinois l’ont commémoré. La même réflexion s’appliquera plus tard à propos des artistes qui se sont rangés derrière les envahisseurs de l’Ukraine. Ce sont les générations suivantes qui feront le tri entre l’ivraie et le bon grain. Notre époque juge, elle tranche, sans trop réfléchir. Dans le feu de la passion, elle se veut libératrice des consciences et va souvent trop loin. Quant à la culture woke, on pourrait en parler longtemps. Que d’absurdités proclamées en son nom.
Loin de moi l’idée de soutenir l’attitude des individus que je viens d’évoquer. Mais pourrait-on se priver de leur talent ? Im Abendroth de R. Strauss chanté par Schwarzkopf, Chopin sous les doigts de Cortot, Kempff caressant le clavier schubertien, Furtwängler empoignant la Cinquième de Beethoven. C’étaient tous des génies de la musique mais des individus médiocres, voire exécrables. C’est ainsi, et toutes les tentatives consistant à remettre les pendules à l’heure en fonction des paramètres d’appréciation du moment ne font qu’accroître la confusion.

Oeuvres de Ludwig van Beethoven (1770-1827), Max Bruch (1838-1920), Maurice Ravel (1875-1937), Béla Bartók (1881-1945), Joseph Haydn (1732-1809), Piotr Ilich Tchaïkovski (1840-1893), Anton Bruckner (1824-1896), Gustav Mahler (1860-1911), Paul Hindemith (1895-1963), Hector Berlioz (1803-1869), Richard Strauss (1864-1949), Richard Wagner (1813-1883), Felix Mendelssohn (1809-1847). Solistes, chœurs et Orchestre philharmonique de Berlin, direction : Seiji Ozawa. 1982-2016. Livret en allemand, anglais et japonais. 6 CD et 1 Blu-Ray Berliner Philharmoniker Recordings.